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FICHE N° 0119 — LITT. FRANÇAISE — XXe S.

Roger Martin du Gard

1881 – 1958 · France · Langue française
Romancier — prix Nobel 1937, ami proche d'André Gide, célèbre pour avoir fui les journalistes et refusé toute photographie de lui-même à l'annonce de sa distinction.
Pourquoi le lire — Formé comme archiviste-paléographe, Martin du Gard doit à cette rigueur d'historien le réalisme scrupuleux et l'attention méticuleuse au détail qui caractérisent toute son œuvre. Apprenant en novembre 1937 qu'il vient de recevoir le prix Nobel de littérature, son premier réflexe est de faire ses valises et de quitter son appartement niçois pour échapper aux journalistes et aux photographes, refusant systématiquement, sa vie durant, que son image soit publiée.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Né le 23 mars 1881 à Neuilly-sur-Seine, dans une ancienne famille bourgeoise originaire du Bourbonnais, remontant au XVIe siècle.
  • La formation d'archiviste Étudie dans deux des meilleurs lycées parisiens avant d'être diplômé en 1906 de l'École des chartes comme archiviste-paléographe, formation à laquelle il attribue lui-même son réalisme scrupuleux et son attention au détail.
  • 1913 — Jean Barois Publie ce premier grand succès, largement écrit sous forme dialoguée, récit d'une existence divisée entre la vision catholique du monde et une philosophie humaniste libre-penseuse, sur fond d'affaire Dreyfus.
  • La NRF S'attache au cercle de la Nouvelle Revue française et devient proche d'André Gide, avec qui il entretient une amitié durable.
  • 1922-1940 — Les Thibault Publie ce cycle romanesque en huit volumes, chronique d'une famille bourgeoise à travers les bouleversements du début du XXe siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale.
  • 1936 — L'Été 1914 Publie ce septième volume du cycle en trois tomes, consacré aux efforts pacifistes désespérés pour empêcher le déclenchement du conflit européen, résonance particulièrement forte dans l'Europe des années 1930 déjà traversée par de nouvelles tensions.
  • 1937 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour la force artistique et la vérité avec lesquelles il a dépeint le conflit humain ainsi que certains aspects fondamentaux de la vie contemporaine dans son cycle romanesque Les Thibault » ; fuit immédiatement les journalistes et refuse toute photographie de lui-même.
  • 1951 — Notes sur André Gide Publie cette étude intime et sincère consacrée à son ami de toujours.
  • 1958 Meurt le 22 août au château du Tertre, à Sérigny, dans l'Orne, à soixante-dix-sept ans.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Les Thibault (1922-1940) — Le meilleur point d'entrée : son cycle romanesque majeur en huit volumes, chronique d'une famille bourgeoise à travers les bouleversements du début du XXe siècle.
Jean Barois (1913) — Son premier grand succès, récit d'une existence divisée entre foi catholique et libre pensée, sur fond d'affaire Dreyfus.
Vieille France (1933) — Un recueil de portraits mordants de la vie rurale française, dans un registre plus satirique.
Notes sur André Gide (1951) — Son étude intime et sincère consacrée à son ami de toujours, André Gide.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Formé à la rigueur scientifique de l'archiviste-paléographe avant de devenir romancier, Martin du Gard transpose dans son œuvre une exigence de documentation et de vérité factuelle qui le rattache directement aux traditions réaliste et naturaliste du XIXe siècle, tout en explorant à travers son cycle des Thibault les grandes questions morales et intellectuelles de son temps, la foi, la science, la guerre, la fraternité. La force artistique et la vérité de sa peinture des conflits humains, salués explicitement par le jury du Nobel, se déploient avec une acuité particulière dans L'Été 1914, volume consacré aux efforts désespérés d'un pacifiste pour empêcher le déclenchement de la Grande Guerre, dont la résonance tragique se trouve amplifiée par sa parution en pleine montée des périls des années 1930. Son extrême discrétion personnelle, qui le pousse à fuir les journalistes et à refuser toute photographie publique de lui-même, contraste avec l'ampleur et l'ambition de son œuvre romanesque, illustrant une conception exigeante et modeste de la littérature, entièrement au service de la vérité du récit plutôt que de la célébrité de son auteur.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une prose réaliste et scrupuleusement documentée, héritée de sa formation d'historien, qui privilégie l'observation minutieuse des relations humaines et des scènes de vie quotidienne sur tout effet stylistique ostentatoire. Cette rigueur documentaire, qui se déploie avec une acuité particulière dans les scènes de maladie et de mort de son grand cycle romanesque, n'exclut jamais une profondeur psychologique et morale considérable dans l'exploration des conflits qui déchirent ses personnages. Pour un premier contact, Jean Barois offre l'entrée la plus accessible par sa forme dialoguée et sa relative brièveté ; Les Thibault, plus ambitieux par son ampleur, permet d'aborder pleinement le grand œuvre qui a fait sa réputation internationale.

Citations célèbres § 05

  • « Nous ne sommes pas seulement deux individus, Antoine et Jacques ; nous sommes deux Thibault, nous sommes les Thibault. »