Le roman s'intéresse à la France de l'après-guerre et principalement à l'épuration : règlements de comptes, petits arrangements des consciences, de tous les bords politiques. Léopold, patron de café, y découvre une passion pour Racine tout en hébergeant dans son établissement un instituteur, Watrin. Autour d'eux, communistes, collaborateurs réels ou supposés, résistants de la dernière heure. Watrin incarne la philosophie du livre : lors d'un bombardement qui a tué sa femme, il observait la planète Uranus, d'où le titre ; il choisit malgré tout de croire à la bonté fondamentale des hommes.
Uranus clôt une trilogie consacrée à la France de la période 1936–1948 et reste l'un des rares romans français de l'après-guerre à regarder l'épuration avec ironie plutôt qu'avec le souci de prendre parti. Il a été adapté au cinéma par Claude Berri en 1990 dans une version très fidèle, qui reprend les dialogues d'Aymé presque mot pour mot. L'accueil critique de l'époque est resté partagé : le roman a surtout gagné ses lecteurs avec le temps.
Uranus se lit aujourd'hui comme un portrait de la France de 1945 sans manichéisme : chaque camp y a ses lâches et ses braves, et personne n'a tout à fait raison. C'est le livre où l'on voit le mieux comment un humoriste peut traiter les sujets les plus lourds sans les alléger, ni les aggraver. Un roman utile pour qui veut comprendre le climat moral de la Libération autrement que par les manuels.