Le recueil réunit trois récits distincts, sans personnages communs. Chacun met en scène un homme et une femme que tout sépare — origine, langage, rapport au monde. Grigia suit un homme marié qui s’éloigne de sa famille pour participer à une entreprise minière dans une vallée de montagne, où il vit une liaison avec une paysanne. La Portugaise se déroule au Moyen Âge, dans un château alpin, et suit un chevalier et son épouse venue du Portugal. Tonka, le plus moderne des trois, oppose un jeune homme rationaliste à une jeune femme d’origine modeste dont la conduite échappe à toute explication. Les récits sont brefs, denses, et refusent les conclusions rassurantes.
Le recueil paraît en 1924, aux éditions Rowohlt. Il n’a pas la notoriété de L’Homme sans qualités, mais il est souvent cité parmi les meilleures nouvelles de langue allemande du XXe siècle. Musil le publie au moment où il travaille à son grand roman, et il en reprend plusieurs motifs : la raison mise à l’épreuve, l’autre sexe comme énigme, le mystère de l’expérience. Il a été traduit en français et reste une porte d’entrée appréciée vers son œuvre, par sa brièveté et par la netteté de son style.
Trois femmes montre que Musil, quand il condense, n’est pas moins ambitieux que lorsqu’il déploie : la même question — comment comprendre l’autre, et soi-même ? — traverse les trois récits. Ces nouvelles, plus courtes et plus accessibles que le grand roman, permettent de saisir ce qui fait la singularité de l’auteur : une écriture à la fois analytique et poétique, attentive au mystère de l’expérience, et qui sait s’arrêter à temps.