IDLIBRIS L'encyclopédie mondiale des écrivains
Accueil › Œuvres › L'Homme sans qualités
ŒUVRE N° 1872 — ROMAN — AUTRICHE — 1930

L'Homme sans qualités

1930 · Roman · Robert Musil
À Vienne, en 1913, un ancien ingénieur suit les préparatifs d'une grande fête pour l'empereur : la grande œuvre de Musil.
Pourquoi le lire — Vienne, 1913 : Ulrich, trente-deux ans, mathématicien et ancien ingénieur, prend une année de congé de sa propre vie, tandis que l’on prépare une grande fête pour le jubilé de l’empereur. Musil y dresse le portrait d’un monde — la « Cacanie » austro-hongroise — qui ne sait pas qu’il va disparaître. Roman d’idées autant que roman de société, ce livre immense, resté inachevé, est l’un des sommets de la littérature du XXe siècle.

Contexte d'écriture § 01

  • 1921 Musil commence à travailler sur le roman, d’abord sous d’autres titres.
  • 1930 Parution à Berlin, chez Rowohlt, des deux premières parties du livre (premier volume).
  • 1932 Publication d’une première moitié de la troisième partie, dans un second volume.
  • 1933-1938 Installé à Berlin puis à Vienne, Musil continue de travailler au roman sans parvenir à l’achever.
  • 1942 Musil meurt à Genève, en laissant des chapitres et des brouillons ; Martha Musil publie en 1943 une édition posthume des fragments.

Structure § 02

L’action principale se situe à Vienne, en 1913, et suit Ulrich, héros « sans qualités » parce qu’il refuse de se définir. Autour de lui s’organise l’« Action parallèle », comité censé préparer une célébration du jubilé de l’empereur ; y paraissent Diotima, Arnheim, industriel et écrivain, le général Stumm von Bordwehr et le comte Leinsdorf. Le roman suit aussi Clarisse, Walter, Moosbrugger — un meurtrier dont le procès hante la ville — et, dans la suite, la sœur d’Ulrich, Agathe. Le livre alterne chapitres d’intrigue, portraits, essais sur la science, l’histoire ou l’amour, et ne suit pas de progression linéaire. Il est resté inachevé, et l’on possède de longs fragments laissés par Musil.

Réception § 03

Le premier volume (1930) est salué par plusieurs critiques, mais le public reste restreint, et Musil vit dans une situation matérielle difficile. Après sa mort, l’œuvre est redécouverte dans les années cinquante : l’édition d’Adolf Frisé (1952) puis les traductions, en particulier celle de Philippe Jaccottet en français (Seuil, à partir de 1956), la font connaître au lectorat francophone. On l’a souvent comparée à À la recherche du temps perdu et à Ulysse, sans qu’elle ressemble à l’un ou à l’autre. L’établissement du texte à partir des fragments laissés par Musil a, de son côté, donné lieu à plusieurs éditions successives.

Pourquoi il compte encore § 04

L’Homme sans qualités reste une référence parce qu’il pense la modernité de l’intérieur : le rôle de la science, la fragilité des identités, la montée des idéologies. Son héros, qui cultive le « sens du possible », est l’un des personnages les plus inquiétants et les plus attachants du roman européen. Pour le lecteur d’aujourd’hui, c’est aussi une comédie de société d’une grande drôlerie, où l’on peut entrer par n’importe quel chapitre, sans craindre de perdre un fil, puisque le livre procède par scènes et par réflexions autonomes.