Le roman est construit en plusieurs voix emboîtées. Marie-Sophie Laborieux raconte son histoire au « marqueur de paroles », appelé aussi Oiseau de Cham, qui la consigne et la réorganise ; à l'intérieur de son récit, elle relaie celui de son père Esternome, né dans la servitude. Le texte est ponctué des notes et cahiers du marqueur, qui commentent le récit et le rattachent à l'histoire.
Le livre suit la Martinique depuis le XIXe siècle jusqu'à l'époque contemporaine, de la plantation aux premiers faubourgs, puis à l'invention d'un quartier par ceux qui n'avaient pas droit à la ville. Marie-Sophie cherche à convaincre un urbaniste de préserver ce quartier plutôt que de le raser. L'écriture mêle français, créole et langage de la rue.
Texaco est salué dès sa parution comme un événement littéraire et reçoit le prix Goncourt en 1992 par sept voix contre trois. Il rappelle, soixante-dix ans après René Maran, la place de la littérature antillaise dans le paysage francophone. Les critiques y voient un flux continu de mots, de souvenirs, de personnages, de paysages et d'émotions, où le français se mêle au créole. Le roman s'est imposé comme la grande référence littéraire de la créolité.
Texaco montre que le roman peut écrire l'histoire d'un peuple depuis le point de vue de ceux qui n'ont pas laissé d'archives. L'urbanisme, la mémoire de l'esclavage, la fabrication d'un lieu par ses habitants : le livre pose ces questions en des termes qui n'ont pas vieilli. Il offre aussi un modèle d'écriture : un français qui accueille d'autres langues sans devenir obscur. À lire en prenant son temps, comme on écoute un conteur.