Le roman suit les destins croisés des djobeurs, ces hommes qui font les petits métiers du marché de Fort-de-France : porter les charges, courir les commissions, vivre de l'instant. À travers leurs parcours, Chamoiseau retrace la mémoire d'un monde populaire : la mobilité des quartiers, les héritages de la plantation, les mutations d'une ville qui se modernise.
Le récit adopte la forme d'une chronique : épisodes fragmentés, retours en arrière, digressions de conteur. Le narrateur s'y fait volontiers conteur, et la langue mêle un français soutenu à des tournures créoles, ce qui lui donne un rythme oral inhabituel dans le roman français.
Chronique des sept misères paraît chez Gallimard en 1986 et révèle Chamoiseau au public français. Il est aujourd'hui lu comme l'un des textes précurseurs de ce qui allait s'appeler la créolité, même si le manifeste n'est publié qu'en 1989. Son oralité, sa langue métissée et son attention à des personnages que la littérature française ne regardait guère le distinguent d'emblée dans le paysage littéraire antillais. Texaco, six ans plus tard, a donné au livre une seconde existence : on y relit les premiers gestes d'une écriture qui allait devenir l'une des plus reconnaissables de la francophonie.
Ce premier roman montre déjà tout ce qui fera la singularité de Chamoiseau : l'attention aux petits métiers, la mémoire des quartiers, le goût du conteur pour la digression, la volonté de donner au créole une place dans le roman sans l'isoler. Il rappelle aussi qu'un grand roman peut naître d'un marché, d'un trottoir, de gens dont l'histoire ne s'écrit pas ailleurs. À lire pour sa vitalité et comme porte d'entrée vers l'œuvre plus ample qui suivra.