Le livre est composé de textes brefs, regroupés en grandes parties, qui avancent par reprises et par variations plus que par démonstration. Quelques images organisent la pensée : la barque ouverte, qui évoque la traversée des navires négriers ; le rhizome, emprunté à Deleuze et Guattari, qui s'oppose à la racine unique ; l'errance, qui n'est pas l'exil mais une manière d'habiter le monde.
Glissant y distingue l'identité-racine, qui se fonde sur l'origine et l'exclusion, de l'identité-relation, qui se transforme au contact des autres. Il y défend l'opacité, c'est-à-dire le droit de chacun à n'être pas entièrement transparent aux yeux d'autrui. Le ton oscille entre l'essai, le lyrisme et l'aphorisme.
Poétique de la Relation a été rapidement lu comme le texte qui condense la pensée de Glissant. Traduit en anglais en 1997 par Betsy Wing, il est devenu une référence des études postcoloniales, des études caribéennes et de la littérature comparée.
Sa notion d'opacité, en particulier, a fait l'objet de nombreux commentaires, y compris dans le champ de l'histoire de l'art et de la théorie de la traduction. Le livre reste exigeant : la densité de son vocabulaire et l'absence d'argumentation linéaire rendent une première lecture parfois déroutante, ce qui n'a pas empêché sa diffusion.
Poétique de la Relation propose un vocabulaire pour penser un monde où les cultures se mêlent sans cesse. Dans les débats contemporains sur l'identité, les origines et la mondialisation, il offre une alternative à l'opposition entre repli identitaire et uniformisation : relier sans fusionner, comprendre sans exiger la transparence. C'est le livre à lire pour saisir ce que recouvrent les mots Relation, créolisation et Tout-Monde, que Glissant a imposés dans le vocabulaire de la pensée contemporaine.