Le roman est construit autour du cours de la Lézarde, rivière de Martinique : le cours d'eau ordonne le récit et relie les lieux où se déroule l'action. Autour de lui se forme un groupe de jeunes gens, parmi lesquels Thaël, Mathieu et Mycéa, qui doivent décider de l'action à mener contre Garin, tandis que l'amitié et l'amour se mêlent à la préparation politique.
Glissant ne s'en tient pas à un narrateur unique : la parole circule entre les personnages et les voix de la communauté, et l'écriture, imagée et poétique, fait déborder le récit réaliste vers la légende. Cette tension entre le monde de la légende et celui de la politique est l'un des ressorts du livre, et la rivière en est le symbole.
Le prix Renaudot 1958 consacre d'emblée le livre et son auteur, alors âgé de trente ans. Le roman paraît à la fin de l'empire colonial français, et il est lu comme une œuvre qui dit la Martinique de l'intérieur, par ses voix et son paysage plus que par le regard d'un observateur extérieur.
Il est traduit en anglais dès 1959 (The Ripening), puis retraduit en 1985. La critique l'a ensuite relu à la lumière de l'œuvre à venir, essais et romans : La Lézarde reste l'une des portes d'entrée habituelles de l'univers de Glissant et un texte souvent étudié dans les travaux sur la littérature antillaise.
La Lézarde montre Glissant avant la théorie : un romancier qui cherche, dans le paysage et la parole de son île, ce qui lui permettra plus tard de penser la Relation. On y trouve déjà ses préoccupations durables, la mémoire collective, la force du lieu, la méfiance envers les identités figées, dans une forme plus accessible que celle de ses livres ultérieurs. C'est aussi un document littéraire sur la Martinique de 1958, entre départementalisation et aspirations à l'autonomie.