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ŒUVRE N° 1885 — ROMAN — MARTINIQUE — 1958

La Lézarde

1958 · Roman · Édouard Glissant
Quelques jeunes militants d'une commune de Martinique veulent faire tomber un représentant du pouvoir : prix Renaudot 1958.
Pourquoi le lire — Premier roman de Glissant, publié en 1958 et couronné par le Renaudot la même année, La Lézarde suit de jeunes militants d'une commune de Martinique décidés à éliminer Garin, qui incarne la répression des mouvements populaires. Mais le vrai fil du livre est la rivière qui lui donne son titre, et qui relie les lieux, les mémoires et les personnages. On y entre pour voir naître, par le roman, ce qui deviendra la pensée de Glissant : un pays qui se pense à travers ses voix, son paysage et sa politique.

Contexte d'écriture § 01

  • 1946 Glissant quitte la Martinique pour Paris, où il poursuit ses études et commence à publier.
  • 1953 Il publie son premier recueil de poèmes, Un champ d'îles : La Lézarde est son premier roman.
  • Fin des années 1950 Il s'engage dans le combat anticolonial et cofonde le Front antillo-guyanais pour l'autonomie.
  • 1958 Le roman paraît aux éditions du Seuil et reçoit le prix Renaudot la même année.
  • 1959 Première traduction anglaise, The Ripening, par Frances Frenaye ; une nouvelle traduction, due à J. Michael Dash, paraît chez Heinemann en 1985.

Structure § 02

Le roman est construit autour du cours de la Lézarde, rivière de Martinique : le cours d'eau ordonne le récit et relie les lieux où se déroule l'action. Autour de lui se forme un groupe de jeunes gens, parmi lesquels Thaël, Mathieu et Mycéa, qui doivent décider de l'action à mener contre Garin, tandis que l'amitié et l'amour se mêlent à la préparation politique.

Glissant ne s'en tient pas à un narrateur unique : la parole circule entre les personnages et les voix de la communauté, et l'écriture, imagée et poétique, fait déborder le récit réaliste vers la légende. Cette tension entre le monde de la légende et celui de la politique est l'un des ressorts du livre, et la rivière en est le symbole.

Réception § 03

Le prix Renaudot 1958 consacre d'emblée le livre et son auteur, alors âgé de trente ans. Le roman paraît à la fin de l'empire colonial français, et il est lu comme une œuvre qui dit la Martinique de l'intérieur, par ses voix et son paysage plus que par le regard d'un observateur extérieur.

Il est traduit en anglais dès 1959 (The Ripening), puis retraduit en 1985. La critique l'a ensuite relu à la lumière de l'œuvre à venir, essais et romans : La Lézarde reste l'une des portes d'entrée habituelles de l'univers de Glissant et un texte souvent étudié dans les travaux sur la littérature antillaise.

Pourquoi il compte encore § 04

La Lézarde montre Glissant avant la théorie : un romancier qui cherche, dans le paysage et la parole de son île, ce qui lui permettra plus tard de penser la Relation. On y trouve déjà ses préoccupations durables, la mémoire collective, la force du lieu, la méfiance envers les identités figées, dans une forme plus accessible que celle de ses livres ultérieurs. C'est aussi un document littéraire sur la Martinique de 1958, entre départementalisation et aspirations à l'autonomie.