Le roman est écrit à la première personne par le Continental Op, détective sans nom, petit, corpulent et opiniâtre. Appelé à Personville par un client qui est assassiné avant son arrivée, il enquête, découvre une ville tenue par des gangsters et des politiciens, puis ne cherche plus seulement à résoudre le crime, mais à nettoyer la ville en jouant les clans les uns contre les autres. La violence va croissant, et l'Op lui-même est perturbé par sa propre capacité à la déclencher. L'intrigue est efficace et brutale, avec des scènes courtes, des dialogues rapides, des personnages nombreux. Aucune morale n'est affirmée, et le style, sec, laisse au lecteur le soin de juger.
Le roman paraît en février 1929, après sa parution en feuilleton dans Black Mask, et installe Hammett parmi les auteurs majeurs du roman noir. Il est considéré aujourd'hui comme l'un des premiers grands romans du genre, et l'un de ses modèles. Son influence s'étend au cinéma : Kurosawa s'en est inspiré pour Yojimbo (1961), et les frères Coen y ont puisé pour Blood Simple et Miller's Crossing.
Moisson rouge a fixé les codes du roman noir : la ville corrompue, le détective sans illusion, la violence comme moyen d'enquête. Il garde sa force par la manière dont il refuse de rassurer, et par l'ambiguïté du héros, qui s'en prend à la corruption en usant des mêmes armes. Pour comprendre d'où vient le polar américain moderne, c'est une lecture de base, et le cadre de Poisonville, ville entièrement tenue par l'argent et la peur, en reste l'image la plus durable.