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ŒUVRE N° 2010 — ROMAN — SUISSE — 1886

Martin Salander

1886 · Roman · Gottfried Keller
Un négociant suisse, revenu du Brésil, découvre la corruption de sa démocratie.
Pourquoi le lire — Martin Salander revient du Brésil, où il a fait fortune, et retrouve une Suisse que l'argent et la politique ont changée. Dernier roman de Keller, écrit à plus de soixante ans, ce livre à la fois satirique et didactique met en scène la spéculation, la fraude, le clientélisme et les compromissions d'une démocratie qu'il avait toujours défendue. C'est le roman d'un républicain inquiet de ce que ses concitoyens font de la liberté.

Contexte d'écriture § 01

  • 1861-1876 Keller, chancelier d'État du canton de Zurich, observe de près la vie politique et les milieux d'affaires de son temps.
  • Années 1880 Il travaille plusieurs années à ce roman, qui doit, dans son esprit, dresser le tableau de la Suisse démocratique de son époque.
  • 1886 Le roman paraît ; c'est la dernière œuvre longue publiée du vivant de Keller.
  • 1889 Keller voit paraître l'édition de ses œuvres complètes en dix volumes, un an avant sa mort.

Structure § 02

Le récit suit Martin Salander, négociant revenu au pays après plusieurs années au Brésil, et sa famille : son épouse Marie et ses filles. Il se déroule dans une ville fictive, Münsterburg, à l'époque de l'essor économique et de la spéculation qui suit les années 1860. Salander est trompé par des affairistes, repart, revient, et mesure peu à peu la corruption des notables et des institutions. Le ton passe de la comédie au constat amer, avec de longues scènes de dialogue et de discours. Keller y juxtapose les trajectoires de plusieurs familles pour dresser un tableau d'ensemble de la société, plus qu'il ne construit une intrigue unique.

Réception § 03

Le roman paraît en 1886, quatre ans avant la mort de Keller. Il est souvent considéré comme une œuvre de vieillesse, plus didactique que ses récits antérieurs, et la critique le place en général moins haut que Henri le Vert ou les nouvelles de Seldwyla. Il est cependant lu aujourd'hui comme un témoignage précieux sur les inquiétudes de Keller face au capitalisme naissant et aux dérives de la vie publique.

Pourquoi il compte encore § 04

Martin Salander est un roman moins aimé que les récits de jeunesse de Keller, mais il garde son intérêt : il montre un écrivain classique, longtemps fonctionnaire, tourner son regard vers l'argent, les institutions et la responsabilité civique. La critique de la cupidité et de la corruption y paraît toujours actuelle. Il se lit comme un complément nécessaire à Henri le Vert et aux Gens de Seldwyla, pour qui veut comprendre la pensée politique de l'auteur à la fin de sa vie.