Le roman est un récit à la première personne : Martial raconte son séjour sur l'île, de l'arrivée à la fin du délai fixé par le testament. Il se déroule dans un espace clos et isolé, avec très peu de personnages, dont Balandran, le berger qui servait Cornélius. Le narrateur confond souvent le réel et l'imaginaire, et ses perceptions comme ses souvenirs sont portés par une écriture lyrique. Le roman privilégie l'ambiguïté : les sons, les silences, les objets mêmes y parlent leur propre langage, et le mystère n'est jamais tout à fait levé.
Publié en 1948, Malicroix s'est imposé comme l'un des sommets de l'œuvre de Bosco et comme l'un des grands romans français de la solitude et de la nature. La critique y a lu une œuvre d'initiation, où une épreuve de trois mois tient lieu de rite de passage, et a souligné la manière dont Bosco transforme la Provence en un territoire quasi mythique. La traduction anglaise de Joyce Zonana, parue en 2020 chez New York Review Books, a élargi son public bien au-delà de la France.
Malicroix est un livre sur la solitude, la peur et la découverte de soi par l'épreuve, écrit dans une langue d'une grande beauté sensible. Il continue de séduire les lecteurs en quête d'un roman dépaysant et méditatif, loin des intrigues rapides. C'est aussi une excellente porte d'entrée dans l'univers de Bosco, par ce qu'il concentre de ses thèmes : le lieu clos, l'héritage, la nature habitée.