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ŒUVRE N° 1815 — ROMAN — FRANCE — 1887

Madame Chrysanthème

1887 · Roman · Pierre Loti
Un officier de marine français épouse une Japonaise pour la durée de son séjour à Nagasaki.
Pourquoi le lire — En 1885, un officier de marine français fait escale à Nagasaki et, comme le permettent alors les usages locaux, « épouse » pour la durée de son séjour une jeune Japonaise surnommée Chrysanthème. Loti en tire un journal ironique, volontiers condescendant, où l'enthousiasme pour le pays d'accueil se heurte à l'incompréhension. Un livre qui a lancé en France la mode du japonisme sentimental, et dont il vaut la peine d'observer autant les charmes que les angles morts.

Contexte d'écriture § 01

  • 1885 Loti, à bord de la corvette Triomphante, séjourne à Nagasaki ; il contracte un mariage d'un mois renouvelable avec une jeune Japonaise de dix-huit ans, Okane-san, qui devient Kiku-san, soit Madame Chrysanthème.
  • 1886 Il publie Pêcheur d'Islande, qui le rend célèbre et qui précède de peu le livre japonais.
  • 1887 Madame Chrysanthème paraît ; certaines sources donnent 1888 pour l'édition en volume.

Structure § 02

Le livre se présente comme un journal tenu à la première personne, divisé en courts chapitres, qui évoque la vie quotidienne du narrateur à terre : installation dans une maison japonaise, visites, promenades, achats, fêtes, rapports avec Chrysanthème, sa famille et les intermédiaires du « mariage ». Le narrateur, qui s'appelle lui-même Loti, prend son parti de l'union comme d'une curiosité amusante : le récit est dominé par l'ironie, les descriptions de décors, de costumes et de rites, et l'attente du départ. L'intrigue sentimentale est mince ; le sujet, c'est le regard d'un Européen sur un pays qu'il croit comprendre.

Réception § 03

Le livre est un grand succès et fait entrer le Japon dans l'imaginaire littéraire du public français, au moment où le goût pour l'art japonais gagne les salons et les ateliers. Il a nourri la vogue du japonisme. Il est adapté en opéra par André Messager en 1893 ; Madama Butterfly de Puccini (1904) en est en partie inspirée, sans en être une adaptation fidèle. Le compositeur Alan Rawsthorne en tire un ballet en 1944.

Pourquoi il compte encore § 04

Madame Chrysanthème reste un document sur la manière dont l'Occident a regardé le Japon à la fin du XIXe siècle, et sur les ressorts de l'orientalisme sentimental : désir, supériorité supposée, ironie défensive. On peut le lire pour la qualité des paysages et des scènes, pour la sincérité de certains passages, ou comme un texte à interroger à la lumière de la critique postcoloniale. Il occupe une place centrale dans l'histoire du japonisme littéraire en France.