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ŒUVRE N° 1913 — ROMAN — FRANCE — 1924

Lewis et Irène

1924 · Roman · Paul Morand
Un financier et une femme du monde se rencontrent, s'aiment et se séparent dans l'Europe de l'argent.
Pourquoi le lire — Lewis, spéculateur français, et Irène, jeune veuve grecque issue d'une famille de banquiers, se rencontrent à l'occasion d'une affaire de mine de soufre en Sicile. Ils s'aiment, essaient la vie conjugale, s'ennuient. Morand raconte cette liaison comme une opération financière, où la tendresse compte moins que les intérêts. Le roman, bref et glacé, éclaire l'Europe d'après-guerre, où l'argent circule plus vite que les sentiments, et reste l'un des meilleurs exemples de sa manière.

Contexte d'écriture § 01

  • 1922 Morand publie Ouvert la nuit, qui lui apporte la célébrité et fixe sa manière.
  • 1924 Lewis et Irène paraît aux éditions Grasset.
  • 1925 La traduction anglaise de Vyvyan Holland est publiée.

Structure § 02

Le roman suit une liaison en quelques étapes. Lewis et Irène Apostolatos se rencontrent à propos d'une mine de soufre en Sicile, que chacun convoite pour des raisons financières. Ils tombent amoureux, tentent de bâtir une vie domestique, puis s'en lassent. Irène revient en secret aux affaires bancaires de sa famille, tandis que Lewis a une aventure. Ils mettent fin à leur relation amoureuse, mais restent associés. Morand renonce à tout commentaire moral et traite ses personnages comme des figures d'un tableau, plutôt que comme des individus à psychologie fouillée. Le décor, l'Europe des banques, des hôtels et des trains rapides, occupe autant de place que les sentiments.

Réception § 03

Le livre est traduit en anglais dès 1925. La critique américaine Isabel Paterson, dans The Bookman, y voit des personnages qui fonctionnent comme des symboles plutôt que comme des types, comparables à des conventions angularisées de la peinture moderne ; elle juge le récit spirituel mais mince et sec, et souligne que Morand s'interdit tout jugement moral. Lewis y apparaît comme un faisceau d'appétits, privé de passion comme d'intelligence, alors qu'Irène lui est opposée.

Pourquoi il compte encore § 04

Lewis et Irène reste l'un des témoignages les plus nets sur l'argent et les sentiments dans l'Europe des années 1920. Morand y décrit un monde où les affaires dictent les affections, sans pathos ni condamnation. Le roman éclaire aussi la place de Morand dans la littérature de son temps : son goût de la formule, sa froideur calculée, son sens du décor international. On le lit aujourd'hui moins comme une histoire d'amour que comme le portrait d'une époque qui préférait la vitesse à l'introspection.