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ŒUVRE N° 1928 — RÉCIT — RUSSIE — 1873

Le Vagabond ensorcelé

1873 · Récit · Nikolaï Leskov
Un ancien serf raconte ses errances et ses épreuves à des voyageurs, sur un bateau du lac Ladoga.
Pourquoi le lire — Sur un bateau qui navigue sur le lac Ladoga, un passager imposant, ancien serf devenu moine, raconte sa vie à ses compagnons de route. Ivan Flaguine a dressé des chevaux, vécu captif chez les Tatars, aimé, tué sans le vouloir, souffert, et il voit dans ses errances la conséquence d'un vœu prononcé par sa mère avant sa naissance. Leskov transforme cette confession à voix haute en roman d'aventures, en conte et en récit religieux à la fois.

Contexte d'écriture § 01

  • 1873 Le récit paraît dans le journal Rousski Mir (Le Monde russe).
  • Titre L'original russe est Ocharovannyi strannik ; le titre français varie selon les éditions : Le Vagabond ensorcelé, Le Pèlerin enchanté ou Le Voyageur enchanté.
  • Forme Le texte compte vingt chapitres : une introduction et dix-neuf épisodes presque indépendants, dits par Flaguine à ses auditeurs.
  • Postérité scénique Rodion Chtchedrine en tire un opéra, créé en 2002.

Structure § 02

Le premier chapitre installe le cadre : des voyageurs sur un bateau, un homme à l'allure de colosse qui se présente comme un « vagabond ensorcelé ». À partir du chapitre suivant, la parole passe à Ivan Flaguine, et le récit n'est plus qu'une suite d'épisodes. Chaque chapitre est une aventure presque close : le jeune postillon, le dresseur de chevaux, le captif des steppes, le soldat, l'amoureux d'une Tsigane. Le fil unique est la conviction du héros d'être poursuivi par un destin, depuis qu'il a refusé la vie monastique à laquelle sa mère l'avait voué. Le narrateur parle sans retenue, avec sa foi naïve, ses fautes et son humour, et la langue prime sur l'intrigue.

Réception § 03

L'accueil contemporain est plutôt tiède : le critique Nikolaï Mikhaïlovski reproche au récit de n'être qu'une suite d'histoires mises bout à bout, sans unité. Le jugement s'est inversé avec le temps : D. S. Mirsky, historien de la littérature russe, y voit un chef-d'œuvre de Leskov conteur. Le texte a été traduit en anglais à plusieurs reprises (Magarshack en 1946, Pevear et Volokhonsky en 2013, Rayfield en 2020) et en français sous plusieurs titres. Les adaptations restent rares : un opéra de Chtchedrine en 2002 et des films soviétiques.

Pourquoi il compte encore § 04

Le Vagabond ensorcelé montre ce que peut être un roman sans intrigue centrale : une vie racontée à voix haute, avec ses détours, devient un portrait de la Russie populaire, entre superstition, vigueur physique et sentiment du péché. Le texte a aussi une valeur de modèle pour le roman à voix, où le récit tient moins à l'événement qu'au ton de celui qui parle. C'est une bonne entrée dans l'œuvre de Leskov pour qui a aimé Lady Macbeth et veut voir ce que son écriture donne sur la durée.