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ŒUVRE N° 1929 — CONTE — RUSSIE — 1881

Le Gaucher

1881 · Conte · Nikolaï Leskov
Un forgeron de Toula, gaucher, réussit à ferrer une puce mécanique anglaise.
Pourquoi le lire — Quand les Anglais offrent à Alexandre Ier une puce d'acier mécanique capable de danser, Nicolas Ier charge le cosaque Platov de trouver des artisans russes capables de faire mieux. Trois armuriers de Toula relèvent le défi, dont un forgeron gaucher qui ferre l'insecte avec des clous invisibles à l'œil nu. Récit d'ingéniosité, ce conte est aussi un récit sur ce que l'État fait de ceux qui lui sont utiles.

Contexte d'écriture § 01

  • 1881 Le conte paraît dans le journal Rouss, sous le titre Le Dit du Gaucher bigle de Toula et de la puce d'acier ; il est repris en volume en 1882.
  • Mai 1881 Leskov affirme que seule la plaisanterie centrale vient de la tradition populaire : les Anglais ont fabriqué une puce d'acier, et les gens de Toula lui ont cloué des fers aux pattes. Le reste est de sa composition.
  • Préface Il supprime la préface initiale quand la critique la prend au pied de la lettre, comme la transcription d'une légende ancienne.
  • Cadre historique Le récit mêle événements réels et fictifs, en commençant sous le règne d'Alexandre Ier, et fait de Platov, ataman cosaque, un personnage important.

Structure § 02

Le texte est un skaz, un récit oral dont la voix narrative a un accent, une fierté et des tics propres. Il avance par séquences brèves et alertes : le voyage du tsar en Angleterre, la puce, la mission confiée à Platov, le travail des armuriers de Toula, puis le voyage du Gaucher en Angleterre. La narration joue sur l'écart comique entre le ton solennel et les faits : mots déformés, étymologies populaires, noms étrangers rendus à la russe. Le récit est court et se lit d'un trait. Il oppose deux visions du travail : la précision industrielle des Anglais, et l'habileté manuelle et le sens du détail des artisans russes.

Réception § 03

Les premiers critiques contestent l'originalité de Leskov, qu'ils considèrent comme un simple rapporteur d'un récit populaire, ce qui explique la suppression de sa préface. Le conte a ensuite été revendiqué par les deux camps du débat russe : slavophiles et occidentalistes y ont chacun lu la confirmation de leurs idées. Il est devenu un classique russe, adapté en ballet, en dessin animé (Ivan Ivanov-Vano, 1964) et en opéra (Rodion Chtchedrine, créé au Théâtre Mariinski). Il existe en français sous le titre Le Gaucher.

Pourquoi il compte encore § 04

Le Gaucher reste l'un des textes les plus lus de Leskov parce qu'il se prête à plusieurs lectures. On peut y voir une fable patriotique à la gloire de l'ingéniosité russe, et c'est ainsi qu'il a été longtemps compris. On peut aussi y lire une critique de l'indifférence de l'État envers ses artisans, et du culte de la technique étrangère. Cette ambiguïté, servie par une langue très vivante, en fait un bon point de départ pour découvrir le skaz, ce récit oral que Leskov a porté à sa plus grande perfection.