Le récit suit un détective sans nom engagé par une femme alcoolique, qui lui remet une carte censée l'aider à retrouver son mari. Les indices manquent ou se contredisent : la carte, qui devait orienter, ne sert à rien. Le roman suit l'enquête à travers la ville et reprend les conventions du récit policier (enquête, interrogatoires, pistes) pour montrer qu'elles ne mènent nulle part. À mesure que l'enquête avance, l'enquêteur s'identifie à la figure de l'absent. Le thème de l'urbanisation et celui de l'identité sont étroitement liés.
Le roman a été salué par la critique comme un exemple de récit policier postmoderne : on l'a rapproché plus tard de Paul Auster ou de Haruki Murakami. Aux États-Unis, le critique John Leonard l'a compté parmi les six meilleurs romans de 1969 dans le New York Times. Le film de Teshigahara, L'Homme sans carte, a été tourné dès 1968. Le roman est traduit en anglais en 1969 par E. Dale Saunders (Knopf). Teshigahara, qui avait déjà adapté La Femme des sables et Le Visage d'un autre, en tire L'Homme sans carte en 1968.
Le Plan déchiqueté montre comment un genre populaire peut servir à dire l'anonymat des grandes villes. Un enquêteur qui cherche un disparu et finit par se perdre : le motif a été repris depuis, et le roman en reste l'un des exemples les plus nets. Il intéresse aussi bien les amateurs de roman noir que ceux qui s'intéressent à la littérature de l'aliénation urbaine. Abe y montre que la ville moderne n'offre aucune carte fiable pour retrouver quelqu'un — ni pour se retrouver soi-même.