Le roman suit Mark-Alem, jeune Albanais de la famille Köprülü, dans l'ascension des services du Tabir Sarrail, ministère chargé de recueillir et d'interpréter les rêves des citoyens pour y déceler des signes pouvant annoncer le destin du sultan. Mark-Alem découvre peu à peu que ce palais a le pouvoir de torturer des dissidents et de détruire des familles à partir d'un symbole de rêve. Le décor est ottoman, mais les anachronismes volontaires et les passages ambigus renvoient à l'Albanie communiste. Le récit, qui rappelle Kafka par sa froide logique administrative, donne à voir un système où l'imaginaire même devient surveillé.
En Albanie, l'accueil du public est rapide et massif, et celui du pouvoir brutal : le livre est interdit après quelques semaines et Kadaré est attaqué publiquement en 1982. À l'étranger, la critique y voit « l'une des visions les plus complètes du totalitarisme jamais mises sur le papier », comparable à Kafka, Orwell ou Zamiatine. Le livre a depuis été traduit en plus de vingt-cinq langues.
Le Palais des rêves est l'un des livres les plus audacieux de Kadaré : il y met en scène, sous le masque de l'histoire ottomane, la surveillance des consciences et la peur du pouvoir devant l'imaginaire. Il rejoint les grandes œuvres sur le totalitarisme du XXe siècle, aux côtés de celles de Kafka, d'Orwell ou de Zamiatine, auxquelles la critique le compare. Il reste, pour qui veut comprendre comment la littérature peut résister par l'allégorie, un texte de référence.