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ŒUVRE N° 1644 — ROMAN — ALBANIE — 1981

Le Palais des rêves

1981 · Roman · Ismaïl Kadaré
Dans un empire imaginaire, un ministère interprète les rêves de tous les sujets : une allégorie du totalitarisme.
Pourquoi le lire — Dans l'Empire ottoman, un ministère secret, le Tabir Sarrail, collecte les rêves de tous les sujets du sultan, les trie, les interprète, pour y repérer ce qui menace le trône. Mark-Alem, jeune homme issu de la puissante famille Köprülü, y entre et gravit les échelons jusqu'au cœur de la machine. Publié en Albanie en 1981, puis interdit en quelques semaines, Le Palais des rêves est une parabole du totalitarisme d'une redoutable efficacité.

Contexte d'écriture § 01

  • 1981 Le Palais des rêves paraît en Albanie, chez Onufri ; le livre se vend très vite.
  • 1981 Il est interdit en quelques semaines, après une réunion d'urgence de l'Union des écrivains ; environ 20 000 exemplaires ont déjà circulé.
  • 1982 Les autorités le condamnent publiquement ; Ramiz Alia prévient Kadaré que « le peuple et le Parti » peuvent le jeter « dans l'abîme ».
  • Après 1981 La traduction française de Jusuf Vrioni sert de base à la traduction anglaise de Barbara Bray (1993).
  • 1990 Kadaré demande l'asile politique en France.

Structure § 02

Le roman suit Mark-Alem, jeune Albanais de la famille Köprülü, dans l'ascension des services du Tabir Sarrail, ministère chargé de recueillir et d'interpréter les rêves des citoyens pour y déceler des signes pouvant annoncer le destin du sultan. Mark-Alem découvre peu à peu que ce palais a le pouvoir de torturer des dissidents et de détruire des familles à partir d'un symbole de rêve. Le décor est ottoman, mais les anachronismes volontaires et les passages ambigus renvoient à l'Albanie communiste. Le récit, qui rappelle Kafka par sa froide logique administrative, donne à voir un système où l'imaginaire même devient surveillé.

Réception § 03

En Albanie, l'accueil du public est rapide et massif, et celui du pouvoir brutal : le livre est interdit après quelques semaines et Kadaré est attaqué publiquement en 1982. À l'étranger, la critique y voit « l'une des visions les plus complètes du totalitarisme jamais mises sur le papier », comparable à Kafka, Orwell ou Zamiatine. Le livre a depuis été traduit en plus de vingt-cinq langues.

Pourquoi il compte encore § 04

Le Palais des rêves est l'un des livres les plus audacieux de Kadaré : il y met en scène, sous le masque de l'histoire ottomane, la surveillance des consciences et la peur du pouvoir devant l'imaginaire. Il rejoint les grandes œuvres sur le totalitarisme du XXe siècle, aux côtés de celles de Kafka, d'Orwell ou de Zamiatine, auxquelles la critique le compare. Il reste, pour qui veut comprendre comment la littérature peut résister par l'allégorie, un texte de référence.