Le roman suit en parallèle deux trajectoires qui se croisent. Gjorg Berisha, vingt-six ans, tue pour venger son frère et se retrouve condamné à mourir à son tour, après un répit qui le fait chercher refuge dans une kulla, la tour où l'on se retranche. Pendant ce temps, Bessian, écrivain de Tirana, et sa jeune épouse Diana traversent le plateau du Nord ; entre Diana et Gjorg naît une relation presque silencieuse, qui les conduit à une rencontre tragique. Le récit alterne les points de vue et les lieux, et la menace de la vendetta donne au livre sa tension. Kadaré relie la vendetta aux tragédies d'Eschyle et à Hamlet.
La traduction anglaise est accueillie avec chaleur : le New York Times parle d'un roman « écrit avec une simplicité magistrale, dans un style de barde », et le Wall Street Journal range Kadaré parmi les romanciers « les plus convaincants » du moment, toutes langues confondues. Le livre a inspiré le film brésilien Abril despedaçado de Walter Salles (2001), qui a reçu des nominations aux BAFTA et aux Golden Globes, ainsi qu'un film télougou en 2006. Il reste l'un des textes les plus lus de l'auteur.
Avril brisé donne à la vendetta albanaise une portée universelle : en la rapprochant de la tragédie antique, Kadaré en fait l'image d'une violence qui s'impose aux individus comme un destin, et pose la question de la liberté face à la tradition. C'est l'un des livres les plus accessibles de l'auteur, d'une grande clarté, qui introduit à la fois à l'Albanie et à ses thèmes de prédilection : le droit coutumier, la fatalité, la mort et le temps.