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ŒUVRE N° 1952 — ROMAN — AUTRICHE — 1983

Le Naufragé

1983 · Roman · Thomas Bernhard
Un narrateur évoque ses deux amis pianistes, dont Glenn Gould, et le suicide de l'un d'eux.
Pourquoi le lire — Trois pianistes se rencontrent à Salzbourg en 1953 ; l'un est Glenn Gould. Face à son génie, les deux autres renoncent au piano. Le narrateur, resté seul après le suicide de l'un d'eux, ressasse cette amitié détruite. Bernhard livre ainsi un monologue vertigineux sur la perfection et l'échec, où le comique le plus noir côtoie une vraie douleur. Un roman bref, d'une densité extrême, l'un des plus accessibles de l'auteur.

Contexte d'écriture § 01

  • 1953 Dans la fiction, les trois personnages se rencontrent à Salzbourg, au Mozarteum, dans une classe de piano ; Glenn Gould, jeune prodige canadien, y joue les Variations Goldberg.
  • 1982 Glenn Gould, le modèle réel du personnage, meurt à Toronto.
  • 1983 Le Naufragé (Der Untergeher) paraît en Allemagne.
  • 1983–1985 Le roman est suivi de Des arbres à abattre (1984) et de Maîtres anciens (1985), que la critique rapproche dans une même séquence consacrée à la musique, au théâtre et à la peinture.

Structure § 02

Le roman est un monologue intérieur à la première personne, sans paragraphes ni chapitres, aux phrases très longues, riches en répétitions et en changements de temps. Le narrateur y évoque trois figures : Glenn Gould, Wertheimer, son ami qui se suicidera, et lui-même, le seul survivant.

Le récit se construit à partir d'un moment, la rencontre de 1953, et revient inlassablement sur ses conséquences : comment le génie de Gould, à la fois nourrit et détruit ses condisciples, qui doivent renoncer à la musique, l'un pour la philosophie, l'autre pour des études de sciences humaines. Les mêmes formules reviennent, comme un thème musical qu'on varie.

Réception § 03

Publié en 1983, Le Naufragé est aujourd'hui l'un des textes les plus lus de Bernhard, et l'un de ceux qui font connaître son art du monologue à un public étranger.

Il a inspiré une adaptation lyrique : le Brooklyn Academy of Music a commandé au compositeur David Lang un opéra de chambre en un acte, créé en septembre 2016. Le roman appartient, avec Des arbres à abattre (1984) et Maîtres anciens (1985), à la séquence des romans tardifs consacrés à la musique, au théâtre et à la peinture. On a noté que Bernhard et Gould ne s'étaient jamais rencontrés ; ce dernier avait donné deux concerts à Salzbourg, en 1958 et 1959.

Pourquoi il compte encore § 04

Le livre compte parce qu'il fait de la musique un sujet de roman sans la décrire : c'est sa place dans une existence, la hantise de la perfection et la peur d'être dépassé qui intéressent Bernhard. Son monologue obsessionnel rend sensible la façon dont l'admiration peut détruire. On y reconnaît des procédés caractéristiques de toute son œuvre tardive. C'est, pour qui ne connaît pas l'auteur, l'un des meilleurs points d'entrée : bref, rythmé, concentré.