Le drame renoue avec le style des mystères médiévaux pour mettre en scène deux dialogues successifs : Jeannette, jeune bergère de treize ans et demi bouleversée par la question du mal, s'entretient d'abord avec son amie Hauviette, fillette pétillante et délurée, puis avec Madame Gervaise, une religieuse, sur la souffrance humaine, le bien et le mal. Le texte déploie ce que la critique nomme la « rumination » péguyste, une suite subtile et rythmée de répétitions et de parallélismes formels qui donne à la lecture une saveur unique, particulièrement efficace pour évoquer l'atmosphère du Moyen Âge, mais qui exige du lecteur une attention soutenue pour saisir la beauté d'ensemble de sections de texte qui se révèlent moins immédiatement sur une seule ligne.
L'œuvre confirme et amplifie la réputation naissante de Péguy comme poète mystique majeur du début du XXe siècle, sa langue si simple et si concrète pour dire la substance des mystères chrétiens étant saluée comme l'une des voies les plus originales pour exprimer l'ineffable religieux.
Le texte demeure une référence essentielle de la poésie religieuse française du XXe siècle, sa langue rythmée et répétitive continuant d'être étudiée comme l'expression la plus aboutie du style péguyste au service d'une méditation intemporelle sur la souffrance et la charité.