Pourquoi le lire — Né à Orléans dans une famille modeste, dans une rue que Jeanne d'Arc avait elle-même parcourue en 1429, Péguy entre à l'École normale supérieure où il a pour maîtres Romain Rolland et Bergson, avant de devenir socialiste, athée puis fervent dreyfusard. Fondateur en 1900 des Cahiers de la Quinzaine, qu'il dirige et alimente seul jusqu'à sa mort, il évolue vers un catholicisme mystique et social sans jamais renier son exigence de justice, laissant dans Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc et Notre jeunesse une œuvre d'une prose scandée et répétitive absolument unique, avant de tomber au front dès les premières semaines de la Première Guerre mondiale.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît le 7 janvier 1873 à Orléans, dans une famille modeste, sa maison natale se trouvant dans une rue parcourue par Jeanne d'Arc en 1429, ville dont les fêtes johanniques de mai marqueront durablement son imaginaire.
- 1894 — l'École normale supérieure Entre à l'École normale supérieure, où il suit l'enseignement de Romain Rolland et d'Henri Bergson, dans une atmosphère intellectuelle qui façonnera sa pensée future.
- 1897 — Jeanne d'Arc Publie à vingt-quatre ans sa première œuvre, un drame en trois parties de plus de trois cents pages intitulé Jeanne d'Arc, alors qu'il est socialiste, patriote, athée et bientôt ardent défenseur d'Alfred Dreyfus.
- 1900 — les Cahiers de la Quinzaine Fonde cette revue qu'il dirige et alimente seul jusqu'à sa mobilisation en juillet 1914, en faisant l'un des laboratoires intellectuels les plus originaux de son temps.
- La conversion et l'évolution politique Évolue progressivement d'un socialisme militant vers un catholicisme mystique et social, sans jamais renier ses engagements en faveur de la justice, une trajectoire spirituelle qui imprègne durablement son œuvre à partir des années 1900.
- 1910 — Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc et Notre jeunesse Publie coup sur coup ces deux textes majeurs, le premier reprenant sous forme dramatique et mystique le canevas de sa Jeanne d'Arc de 1897, le second défendant contre ses anciens compagnons socialistes la « mystique » originelle de l'affaire Dreyfus contre sa récupération « politique ».
- 1912-1913 — les dernières grandes œuvres Publie dans ces dernières années Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Le Mystère des Saints Innocents, La Tapisserie de Notre-Dame et Ève, poursuivant sa méditation poétique et religieuse dans une langue toujours plus personnelle.
- 1914 — la mort au front Est mobilisé en juillet et tué près de Villeroy, en Seine-et-Marne, le 5 septembre, dès les premières semaines de la Première Guerre mondiale, à l'âge de quarante et un ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Notre jeunesse (1910) — Son grand essai politique, défense de la « mystique » dreyfusarde contre sa récupération « politique ».
L'Argent (1913) — Un essai vibrant de nostalgie sur la disparition d'un monde ouvrier et artisanal antérieur à la domination de l'argent.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Péguy invente une prose et une poésie de la répétition scandée, ce qu'il nomme lui-même la « rumination », une suite subtile et rythmée de parallélismes qui donne à ses textes une saveur incantatoire absolument unique dans la littérature française du XXe siècle. Il forge dans Notre jeunesse la distinction, restée célèbre, entre la « mystique », élan désintéressé et pur d'un engagement, et la « politique », sa récupération inévitable par les partis et les intérêts, une grille de lecture appliquée depuis à bien d'autres causes que le seul dreyfusisme. Fondateur et animateur solitaire des Cahiers de la Quinzaine pendant quatorze ans, il incarne une figure rare d'indépendance intellectuelle totale, refusant toute prudence tactique jusque dans ses candidatures littéraires malheureuses.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une langue d'une simplicité et d'une concrétude délibérées, capable pourtant d'atteindre le sublime par un vocabulaire populaire et accessible, dans une prose fondée sur la répétition et le parallélisme des formes qui donne à la lecture une saveur unique mais exige une attention soutenue. Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc reprend les codes du mystère médiéval pour mettre en scène le dialogue d'une Jeannette de treize ans avec ses proches sur le problème du mal, tandis que Notre jeunesse déploie une argumentation politique et morale d'une vigueur polémique intacte. Pour un premier contact, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc offre l'entrée la plus poétique et la plus spirituelle ; Notre jeunesse permet de mesurer pleinement la portée politique de sa pensée.