Un auto sacramental est une pièce courte en un acte, allégorique, qui se joue pour la fête du Saint-Sacrement. Ici, l'Auteur convoque le Monde, qui distribue les rôles : le Roi, la Sagesse (ou Discrétion), la Beauté, le Riche, le Laboureur, le Pauvre, l'Enfant. Chacun joue sa partie sur la scène de la vie, puis est appelé à rendre compte. La pièce suit une progression simple : prologue, distribution, représentation, jugement, et ménage des moments comiques et des débats moraux. Le langage allégorique est dense, mais les caractères restent lisibles.
Calderón écrit pour un public populaire, qui assiste aux autos en plein air lors de la Fête-Dieu. Le genre est interdit en Espagne en 1765, et reste longtemps méconnu en dehors du pays. C'est au XIXe siècle, avec les romantiques allemands, que Calderón est redécouvert, et au XXe siècle que cet auto s'impose, notamment par la version d'Hofmannsthal (1922), qui l'a fait connaître d'un large public. Le motif du monde comme théâtre est bien plus ancien (on le trouve chez les moralistes antiques et chez Shakespeare), mais cet auto en donne l'une des versions les plus achevées : on le lit aujourd'hui comme la pièce de référence du theatrum mundi baroque.
La métaphore du monde comme théâtre est ancienne, mais Calderón la porte jusqu'à son terme : personne ne choisit son rôle, chacun répond de la manière de le jouer. Le texte garde une force morale, qui ne dépend pas de la foi du spectateur : il interroge l'égalité devant la mort, le sens des hiérarchies, la manière d'habiter une condition donnée. C'est aussi un point d'entrée dans le genre de l'auto sacramental.