IDLIBRIS L'encyclopédie mondiale des écrivains
Accueil › Œuvres › Le Grand Théâtre du monde
ŒUVRE N° 2073 — THÉÂTRE — ESPAGNE — 1655

Le Grand Théâtre du monde

1655 · Pièce de théâtre · Pedro Calderón de la Barca
Un auto sacramental où chaque homme joue son rôle devant Dieu.
Pourquoi le lire — Dieu, ici nommé l'Auteur, monte une pièce : le Monde fournit les costumes, les hommes tiennent des rôles qu'ils n'ont pas choisis. Le Roi, le Riche, la Beauté, le Laboureur, le Pauvre et l'Enfant jouent leur vie devant Dieu, qui juge à la fin la façon dont ils ont tenu leur rôle. C'est un auto sacramental, pièce allégorique jouée à l'occasion de la Fête-Dieu, et l'une des formulations les plus célèbres de l'idée baroque du monde comme théâtre.

Contexte d'écriture § 01

  • Vers 1634 Période de rédaction généralement retenue par les spécialistes (entre 1633 et 1636).
  • 1655 Première impression connue.
  • 1651 Devenu prêtre, Calderón se consacre ensuite presque exclusivement aux autos sacramentales ; celui-ci, composé auparavant, en est l'un des plus célèbres.
  • 1922 Hugo von Hofmannsthal s'en inspire pour Das Salzburger große Welttheater, créé au Festival de Salzbourg.

Structure § 02

Un auto sacramental est une pièce courte en un acte, allégorique, qui se joue pour la fête du Saint-Sacrement. Ici, l'Auteur convoque le Monde, qui distribue les rôles : le Roi, la Sagesse (ou Discrétion), la Beauté, le Riche, le Laboureur, le Pauvre, l'Enfant. Chacun joue sa partie sur la scène de la vie, puis est appelé à rendre compte. La pièce suit une progression simple : prologue, distribution, représentation, jugement, et ménage des moments comiques et des débats moraux. Le langage allégorique est dense, mais les caractères restent lisibles.

Réception § 03

Calderón écrit pour un public populaire, qui assiste aux autos en plein air lors de la Fête-Dieu. Le genre est interdit en Espagne en 1765, et reste longtemps méconnu en dehors du pays. C'est au XIXe siècle, avec les romantiques allemands, que Calderón est redécouvert, et au XXe siècle que cet auto s'impose, notamment par la version d'Hofmannsthal (1922), qui l'a fait connaître d'un large public. Le motif du monde comme théâtre est bien plus ancien (on le trouve chez les moralistes antiques et chez Shakespeare), mais cet auto en donne l'une des versions les plus achevées : on le lit aujourd'hui comme la pièce de référence du theatrum mundi baroque.

Pourquoi il compte encore § 04

La métaphore du monde comme théâtre est ancienne, mais Calderón la porte jusqu'à son terme : personne ne choisit son rôle, chacun répond de la manière de le jouer. Le texte garde une force morale, qui ne dépend pas de la foi du spectateur : il interroge l'égalité devant la mort, le sens des hiérarchies, la manière d'habiter une condition donnée. C'est aussi un point d'entrée dans le genre de l'auto sacramental.