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ŒUVRE N° 2071 — THÉÂTRE — ESPAGNE — 1635

La vie est un songe

1635 · Pièce de théâtre · Pedro Calderón de la Barca
Un prince, enfermé depuis sa naissance, découvre le monde et doute de la réalité.
Pourquoi le lire — Un roi, Basile, a enfermé son fils Sigismond dès la naissance dans une tour, parce que les astres lui avaient prédit un fils tyrannique. Un jour, il le fait endormir, le tire de sa prison et le place sur le trône pour éprouver la prophétie ; puis le renvoie à ses chaînes, en lui disant que tout n'était qu'un rêve. La pièce part de cette expérience pour poser la question de la réalité, de la liberté et de la responsabilité, avec l'une des plus grandes scènes de monologue du théâtre espagnol.

Contexte d'écriture § 01

  • Vers 1635 Calderón compose la pièce, au début de sa reconnaissance à la cour de Philippe IV.
  • 1636 Elle est imprimée dans la Première partie de ses comédies, publiée par son frère José.
  • 1636–1637 Le dramaturge est appelé à la cour et reçoit l'habit de chevalier de Saint-Jacques.
  • Siècles suivants La pièce est traduite et jouée dans toute l'Europe, des romantiques allemands au théâtre contemporain.

Structure § 02

La pièce est divisée en trois journées, comme la comédie espagnole de l'époque, et mêle deux intrigues. Celle de Sigismond, prince emprisonné, qui découvre le pouvoir, abuse de lui, puis comprend qu'il lui faut choisir le bien même dans un monde qui ressemble à un songe. Celle de Rosaure, jeune femme déguisée en homme, qui vient réclamer justice à Astolphe, son séducteur, et se heurte à Clothalde, serviteur du roi et père secret de Rosaure, geôlier du prince. Autour d'eux : Basile, Étoile, nièce du roi, et Clairon, valet comique. L'action est située dans une Pologne de fantaisie. La pièce est écrite en vers de formes variées, et ses grands monologues en sont le centre.

Réception § 03

La vie est un songe est reconnue comme la pièce la plus célèbre de Calderón : elle est imprimée dès 1636 et jouée dans l'Espagne du Siècle d'or. Les romantiques allemands, qui redécouvrent le dramaturge, l'admirent particulièrement. La France la découvre par des traductions et des mises en scène successives. Le monologue où Sigismond définit la vie comme une frénésie, une illusion, une ombre, une fiction compte parmi les passages les plus cités du théâtre espagnol. Elle est aujourd'hui l'un des textes du théâtre espagnol les plus souvent traduits, joués et commentés.

Pourquoi il compte encore § 04

La pièce pose, dans une forme dramatique parfaitement construite, des questions que la philosophie n'a pas épuisées : comment distinguer la veille du rêve, et que faire si l'on ne le peut pas ? Sa réponse est morale : puisque tout peut être un songe, il faut agir comme si les actes comptaient. Cette idée, portée par un personnage qui passe de la bête à l'homme, en fait un texte vivant, que les metteurs en scène reprennent régulièrement.