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ŒUVRE N° 1923 — ROMAN — SUISSE — 1925

Le Brigand

1925 · Roman · Robert Walser
Un roman de la flânerie et de la discrétion, écrit en minuscules microscopiques.
Pourquoi le lire — Le Brigand ne vole personne : c'est le nom que l'on donne à un oisif, mal ajusté au monde, dont la vie à Berne et les échecs amoureux sont racontés par un narrateur qui s'égare sans cesse. Walser l'a écrit en 1925 au crayon, en caractères minuscules, sans le destiner apparemment à l'impression. Le livre déroute par ses digressions et ses hésitations, et il passe pour l'un des textes les plus excentriques du modernisme.

Contexte d'écriture § 01

  • 1925 Walser rédige Le Brigand (Der Räuber) à Berne, en écriture minuscule (« microgramme »), sur environ vingt-quatre feuillets ; le texte ne porte pas de titre.
  • 1929 Walser est interné à la Waldau ; le manuscrit du Brigand reste inédit de son vivant.
  • 1972 Le roman paraît pour la première fois en allemand, après avoir été transcrit par Jochen Greven : il est donc posthume.
  • 1985–2000 Bernhard Echte et Werner Morlang publient le déchiffrement d'autres microgrammes sous le titre Aus dem Bleistiftgebiet.
  • 2000 Traduction anglaise de Susan Bernofsky (University of Nebraska Press).

Structure § 02

Le récit tient autour d'un personnage central, le « brigand », homme oisif et mal ajusté à son temps, dont la vie à Berne et les déboires amoureux sont consignés par un narrateur qu'il a en quelque sorte engagé pour cela. L'intrigue y est mince : l'essentiel du livre tient aux digressions, aux hésitations, aux anticipations et aux changements de ton, qui sacrifient volontairement la progression du récit. Le texte oscille entre le comique et une étude sérieuse du moi éclaté. Rédigé sur peu de feuillets, mais dans une écriture minuscule, il avance par bribes plutôt que par chapitres démonstratifs. C'est le plus étrange et le plus libre des romans de Walser.

Réception § 03

Le Brigand n'a pas de réception du vivant de Walser puisqu'il paraît seulement en 1972, seize ans après sa mort. Sa parution a accompagné la redécouverte de l'auteur, puis la publication des autres microgrammes. Lors de la traduction anglaise de Susan Bernofsky, en 2000, la critique anglophone a salué à la fois la traduction et l'originalité de la prose ; l'écrivain William H. Gass a rangé le livre parmi les véritables merveilles de la fiction européenne. Le texte est souvent présenté comme l'un des objets les plus extravagants du modernisme, à la fois comique et très sérieux.

Pourquoi il compte encore § 04

Le Brigand montre jusqu'où Walser a poussé sa liberté de forme dans ses dernières années d'écriture : une narration qui se défait sous nos yeux, au profit d'une voix qui commente, hésite et dévie. Le livre intéresse autant pour ce qu'il dit du moi moderne, fragmenté, que pour la manière dont il a été retrouvé et déchiffré. À lire après L'Institut Benjamenta, pour mesurer la distance parcourue entre le Walser de Berlin et celui de Berne.