Le roman imagine un monde inversé de la Terre, où les parents obéissent à leurs enfants, où les arbres et les oiseaux parlent, et où les guerres ne se pratiquent que si les combattants sont de force rigoureusement égale, le narrateur y rencontrant des sélénites qui se déplacent à quatre pattes et communiquent par un langage musical ou gestuel. Cyrano y anticipe avec une étonnante prescience les voyages interplanétaires, des machines volantes proches de la montgolfière et du parachute, ainsi que des dispositifs qui préfigurent le phonographe, sans jamais s'embarrasser de considérations techniques précises, affirmant en poète le pouvoir absolu de l'imagination sur la vraisemblance scientifique.
Le roman, longtemps connu seulement dans sa version expurgée de 1657, ne révèle toute sa portée subversive qu'après la redécouverte du manuscrit original en 1890, une découverte qui permet de mesurer pleinement l'audace de la critique religieuse et sociale que Cyrano y avait dissimulée sous le couvert du conte merveilleux.
Le roman demeure une œuvre fondatrice pour l'histoire de la science-fiction et de la pensée libertine française, ses anticipations technologiques et sa liberté de pensée radicale continuant d'étonner des lecteurs qui découvrent, bien après Jules Verne, qu'un écrivain du XVIIe siècle avait déjà imaginé la conquête de l'espace.