Carrère qualifie son livre de « journal de bord » plutôt que de roman traditionnel. Il y raconte les années qu'il a passées à approcher l'affaire Romand, ses hésitations devant la forme à adopter, puis sa décision de parler à la première personne : le récit n'est possible qu'à condition d'assumer la place de celui qui écrit. Le texte alterne les faits établis par l'enquête et le procès (la vie de Romand, le mensonge, le crime) et les interrogations de l'auteur sur sa propre position. Le livre est court, dépouillé, sans effet de style, et refuse d'expliquer le crime autant que de le condamner.
Le livre est accueilli comme un texte marquant du récit de faits réels. Son approche, empathique à l'égard du criminel sans remettre en cause le jugement qui l'a frappé, suscite aussi des réserves : certains lecteurs y voient une position difficile à tenir. Il est adapté au cinéma par Nicole Garcia en 2002, avec Daniel Auteuil, sous le titre L'Adversaire.
L'Adversaire est le livre qui a fait de Carrère l'un des principaux écrivains de non-fiction de langue française : il y met au point la manière qu'il développera ensuite, l'enquête où l'auteur s'implique et doute. Il pose une question qui dépasse le fait divers : que sait-on vraiment de ceux que l'on croit connaître ? C'est aussi un texte sur les limites de la littérature face à un sujet dont la vérité reste inaccessible. Par sa brièveté et sa tenue, il est la meilleure introduction à son œuvre.