Le roman est la narration, à la première personne, de Natàlia, dite Colometa. Elle raconte sa jeunesse, son mariage avec Quimet, la vie de couple, l'élevage des pigeons dans la maison, l'arrivée des enfants, puis la guerre civile, la faim et la mort de son mari au front. Elle se remarie ensuite avec Antoni, épicier, et reconstruit sa vie. Le récit couvre plusieurs années de la Barcelone de la Deuxième République, de la guerre et de l'immédiat après-guerre. La langue orale, faite de répétitions et d'images concrètes, donne à ce monologue sa force : l'Histoire n'y est pas commentée mais éprouvée à travers les gestes du quotidien.
Publié en 1962, le roman s'impose rapidement comme l'œuvre majeure de Rodoreda et comme l'un des textes fondateurs de la littérature catalane d'après-guerre, malgré le contexte de censure. Il est aujourd'hui traduit dans plus de trente langues ; la traduction anglaise de David H. Rosenthal paraît en 1980. Harold Bloom l'a inclus dans son Canon occidental. Le film de Francesc Betriu (1982), avec Sílvia Munt, a contribué à élargir son public.
La Place du Diamant offre un point de vue rare sur la guerre d'Espagne : celui d'une femme du peuple, qui ne s'engage pas, mais subit et survit. Rodoreda y invente une voix, simple et inoubliable, qui échappe à la thèse politique et dit pourtant l'essentiel. Le roman reste l'une des meilleures entrées dans la littérature catalane contemporaine et un livre qui se relit sans s'épuiser.