Aloma est un roman court, centré sur son héroïne, dont il suit la vie familiale, les relations amoureuses et les interrogations sur sa place dans la société. Le récit alterne scènes domestiques, dialogues et moments de rêverie. Il n'a pas encore l'ampleur de La Place du Diamant, mais en annonce déjà certains procédés : économie des moyens, attention portée à une conscience féminine, petits détails concrets qui portent la charge émotionnelle. L'autrice a repris le texte en 1969, signe de l'importance qu'elle lui accordait ; c'est la version remaniée que l'on distingue de la version de 1938.
Aloma reçoit le prix Joan Crexells en 1937, qui consacre une romancière encore jeune. Publié pendant la guerre civile, juste avant l'exil de son autrice, le livre paraît dans des conditions peu favorables, et la place du catalan sous le franquisme n'a pas facilité sa diffusion. Il reste moins connu que La Place du Diamant, mais il compte pour les lecteurs qui veulent comprendre la genèse de l'œuvre.
Aloma est le texte par lequel on peut mesurer le chemin parcouru par Rodoreda entre ses débuts et son chef-d'œuvre. Il révèle une écriture déjà singulière, attentive aux sentiments d'une jeune femme et à la difficulté de trouver sa liberté. C'est une porte d'entrée possible dans son univers, plus brève et plus intime que ses grands romans.