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ŒUVRE N° 1919 — ROMAN — RUSSIE — 1930

La Fosse

1930 · Roman · Andreï Platonov
Des ouvriers creusent la fosse d'une maison collective qui ne sera jamais bâtie.
Pourquoi le lire — Sur un terrain vague, des ouvriers creusent la fosse où s'élèvera la grande maison commune du prolétariat. Le chantier grandit, les fondations se creusent, les raisons de construire s'effacent ; un homme congédié pour avoir trop réfléchi, un ingénieur rongé par le doute, un ouvrier colosse et une petite fille orpheline devenue la mascotte du chantier composent un monde absurde et déchirant. Court, dense, très drôle et très sombre, ce roman de 1930 est la meilleure porte d'entrée dans l'univers de Platonov.

Contexte d'écriture § 01

  • 1929–1930 Platonov écrit La Fosse au moment de la collectivisation forcée des campagnes et du premier plan quinquennal.
  • 1930 Le roman est achevé en 1930, mais aucun éditeur soviétique ne peut le publier.
  • 1931 Le récit Pour l'avenir provoque la colère de Staline et aggrave la mise à l'écart de l'auteur.
  • 1973 La première édition anglaise paraît, avec une préface de Joseph Brodsky.
  • 1987 Le roman est publié officiellement en Union soviétique.

Structure § 02

Le roman, bref, est composé de scènes courtes et enchaînées. Voschev, ouvrier licencié pour avoir réfléchi pendant le travail, est embauché sur un chantier de terrassement : il s'agit de creuser les fondations d'une maison collective, dirigée par l'ingénieur Proucheveski. Autour d'eux : Tchiklin, ouvrier robuste, Safronov, zélé militant, et la petite Nastia, orpheline recueillie par l'équipe, dont l'espoir devient celui des ouvriers. En parallèle, les ouvriers se trouvent mêlés à la collectivisation d'un village voisin. Les phrases, tordues, mêlent jargon officiel et pensée naïve. Le roman se termine sur la mort de Nastia, enterrée dans la fosse.

Réception § 03

Écrit en 1930, le roman reste inconnu du public soviétique pendant plus d'un demi-siècle. Il paraît d'abord à l'étranger, en traduction anglaise en 1973 avec une préface de Joseph Brodsky, qui voit en Platonov « le premier surréaliste sérieux » et parle d'une « fureur philosophique ». La critique occidentale le salue comme un chef-d'œuvre, « parabole hallucinée et cauchemardesque » selon l'Irish Times. En URSS, il n'est officiellement publié qu'en 1987, en pleine perestroïka. Depuis, il est étudié comme l'un des textes majeurs de la littérature russe du siècle.

Pourquoi il compte encore § 04

La Fosse reste l'une des plus puissantes images de ce que peut produire un projet collectif qui oublie les personnes. Il reste très lisible : il met en scène un travail sans but, des slogans qui remplacent la pensée et des enfants sacrifiés au bonheur futur. Par la rigueur de sa composition et son humour noir, il se lit d'une traite, et il donne la mesure d'une langue que Platonov est seul à parler. C'est, par sa brièveté, la meilleure entrée dans son œuvre.