Le livre est le portrait d'une femme par un homme, ce qui lui donne sa construction singulière : un double décalage entre le narrateur et son sujet, entre le désir et son refus. Le narrateur a travaillé aux côtés de la Cheffe et ne cesse de l'admirer ; tout ce que l'on apprend d'elle passe par ce regard partiel, partial, parfois aveugle.
Le récit est conduit par ce narrateur, avec une retenue qui fait du livre un roman droit et mélancolique. La cuisine y est moins une pratique gastronomique qu'un moyen d'atteindre une forme de pureté, de rigueur ou de quête personnelle.
À sa parution, le roman reçoit un accueil largement favorable. L'Express y voit un roman « droit, fort et mélancolique, où la langue n'écrase jamais le destin des personnages ». La revue En attendant Nadeau relève que la cuisine y tient peu de place, comme si NDiaye s'en servait pour parler d'autre chose, peut-être de l'écriture elle-même.
Le livre bénéficie d'une forte couverture médiatique dans la rentrée littéraire 2016, Les critiques soulignent la précision des portraits, construits à partir d'une parole partielle et partiale. Le livre a aussi été traduit en allemand, sous le titre Die Chefin.
La Cheffe montre un autre visage de NDiaye, plus sobre, plus classique, où le fantastique recule devant l'étude d'une obsession. Le roman interroge ce que signifie raconter la vie d'un autre, et ce qu'un narrateur y met de lui-même. Il se prête à une lecture sur l'art, la vocation et l'admiration, et reste une bonne entrée dans l'œuvre pour qui préfère le portrait à l'étrangeté. On peut y lire aussi un livre sur la relation entre une artiste et celui qui la sert, sur ce que l'admiration fait de celui qui admire.