Le roman est conduit à la troisième personne, autour d'Arvid Falk. Il comprend des tableaux successifs plutôt qu'une intrigue serrée : les bureaux de l'administration, le Parlement, la presse, les écoles, les institutions de charité, les cafés et les ateliers. Falk y rencontre des figures de la bohème : Sellén, le peintre, Olle Montanus, le sculpteur, Struve, le radical. À chaque étape, l'idéal du héros se heurte à l'hypocrisie ambiante. Le ton alterne entre ironie mordante, comédie et mélancolie. La « chambre rouge » donne son titre au livre, parce qu'elle est le lieu où les amis se retrouvent, loin des conventions.
Le roman, publié en 1879, suscite un fort retentissement : la satire des institutions suédoises et de personnalités reconnaissables choque une partie du public et vaut à l'auteur à la fois une célébrité et des hostilités. Il est aujourd'hui considéré comme le premier grand roman moderne de langue suédoise, et l'un des textes qui fondent la réputation de Strindberg. Il est régulièrement réédité et a été traduit dans de nombreuses langues. Les contemporains y reconnaissaient des institutions et des personnalités réelles, ce qui a nourri la controverse à la parution.
La Chambre rouge reste le meilleur portrait de la Suède des années 1870 par l'un de ses esprits les plus critiques. Le livre est drôle, vif, et par bien des aspects plus accessible que les œuvres ultérieures. On y reconnaît déjà les thèmes de Strindberg : la défiance envers les puissants, la solitude de l'écrivain, le désir de vérité. Il dit aussi combien la littérature scandinave est née d'une critique de la société.