Pourquoi le lire — August Strindberg est le plus grand écrivain suédois du XIXe siècle et l'un des pères du théâtre moderne. Romancier, dramaturge, poète, peintre, chimiste amateur, il traverse le naturalisme, la crise mystique d'Inferno, puis l'expérimentation onirique des dernières pièces. La Chambre rouge (1879) fait de lui le romancier de la satire sociale ; Le Père (1887) et Mademoiselle Julie (1888) donnent au théâtre un naturalisme implacable ; Le Songe et La Sonate des spectres ouvrent la voie à l'expressionnisme. Sa vie conjugale agitée nourrit une œuvre souvent autobiographique et provocante.
Biographie § 01 — le parcours
- 22 janvier 1849 Naît à Stockholm, dans une famille nombreuse : son père, Carl Oscar Strindberg, est négociant, sa mère, Ulrika Eleonora Norling, a été servante ; elle meurt en 1862.
- Années 1860–1870 Commence des études à Uppsala sans les achever, puis exerce de multiples métiers : instituteur, journaliste, employé de la Bibliothèque royale.
- 1877 Épouse l'actrice Siri von Essen ; ils auront trois enfants et se sépareront en 1891.
- 1879 — La Chambre rouge Publie le roman qui le rend célèbre.
- 1884 Poursuivi pour blasphème après la publication de Mariés, il doit revenir en Suède pour le procès, qui s'achève par un acquittement mais le laisse très amer.
- 1887 — Le Père Publie cette pièce naturaliste, créée à Copenhague la même année.
- 1888 — Mademoiselle Julie Compose la pièce qui reste sa plus jouée, précédée d'une préface-manifeste.
- 1893–1897 Épouse Frida Uhl, journaliste ; le couple divorce en 1897. Il vit à Paris et traverse une crise psychique, qui donne Inferno (1897), écrit en français.
- 1901 Publie Le Songe et épouse Harriet Bosse, artiste.
- 1907 Fonde un « théâtre intime » à Stockholm, pour lequel il écrit La Sonate des spectres.
- 14 mai 1912 Meurt à Stockholm d'un cancer, à soixante-trois ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
La Chambre rouge (1879) — Un jeune idéaliste, Arvid Falk, découvre la société de Stockholm, ses cafés, ses artistes et ses hypocrisies.
Le Père (1887) — Un capitaine, en conflit avec sa femme sur l'éducation de leur fille, est peu à peu poussé vers la folie.
Mademoiselle Julie (1888) — Une nuit de la Saint-Jean, une jeune aristocrate et son valet s'affrontent, entre désir et lutte de classes.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Strindberg a transformé le théâtre en lui donnant d'abord la brutalité du naturalisme, puis les formes du rêve. Le Père et Mademoiselle Julie dressent des champs de bataille : la guerre des sexes et des classes, où la psychologie compte autant que le décor. Avec Le Songe, il invente une dramaturgie fondée sur la logique du rêve, qui annonce l'expressionnisme et une grande partie du théâtre européen du XXe siècle. Dans le roman, La Chambre rouge est considérée comme l'un des premiers grands romans modernes de langue suédoise. Son œuvre a influencé Eugene O'Neill, Ingmar Bergman et bien d'autres. Elle reste difficile à séparer de sa vie, que sa langue transpose sans concession.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une écriture directe, parfois crue, qui passe de la satire sociale à l'analyse psychologique, puis aux visions de l'après-Inferno. Au théâtre, la construction est resserrée, les dialogues violents, les décors épurés ; dans les pièces tardives, l'espace et le temps se dissolvent comme dans un rêve. Les œuvres de la maturité exploitent les ellipses, les superpositions, les personnages-types, au risque de dérouter. Par où commencer : Mademoiselle Julie, courte et intense, qui donne l'essentiel de son génie dramatique ; puis Le Père ; La Chambre rouge pour qui veut découvrir le romancier et la satire de la Stockholm du XIXe siècle.