Le roman met en scène trois familles représentant trois couches de la société édouardienne : les Wilcox, hommes d’affaires liés à l’empire colonial, les sœurs Margaret et Helen Schlegel, bourgeoisie intellectuelle, et le couple Bast, issu de la classe laborieuse. Margaret se lie d’amitié avec Ruth Wilcox, puis épouse Henry Wilcox ; Helen, de son côté, s’intéresse à Leonard Bast, avec des conséquences durables. Le récit est conduit par un narrateur omniscient, qui commente, nuance et, parfois, interpelle. Il avance par rencontres et malentendus plutôt que par péripéties. La maison de campagne qui donne son titre est le centre symbolique de l’œuvre, et la ville de Londres, en pleine transformation, en est l’arrière-plan constant.
À sa sortie, le roman est salué avec enthousiasme : le Daily Telegraph range l’auteur parmi les grands romanciers de son temps. Il est considéré comme le livre qui installe définitivement Forster dans la littérature anglaise. Il est adapté au cinéma en 1992 par James Ivory, avec Anthony Hopkins et Emma Thompson, puis en série télévisée en 2017, avec Hayley Atwell et Matthew Macfadyen. Ces adaptations ont régulièrement remis le roman en circulation, et l’épigraphe « Only connect » est restée l’une des formules les plus citées de Forster.
Howards End garde sa force parce qu’il pose des questions qui n’ont pas vieilli : que doit-on à ceux qui sont moins bien lotis, que devient la campagne face à la ville, comment réconcilier la sensibilité et l’action ? Le livre refuse les réponses simples. Il est souvent lu comme un roman de la « condition de l’Angleterre », à un moment où le pays change vite. Il se lit aussi comme un grand roman de maison, où un lieu devient un enjeu moral.