La chanson suit le calendrier : douze vignettes, de janvier à décembre, chacune consacrée à un travers de la société française. Au fil des mois défilent les fêtes de fin d'année, la police, la peine de mort, le traditionalisme, la mémoire de la Commune et de Mai 68, l'Occupation, le 14 juillet, les vacances, le coup d'État au Chili, les symboles nationaux et la société de consommation. Cette forme énumérative donne à une chanson de plus de cinq minutes une progression simple, presque d'almanach, qui permet de passer d'un sujet à l'autre sans transition. Le ton est celui de l'ironie mordante, appuyé sur un langage direct et familier ; le dernier mois est resté l'un de ceux que le public reprend en chœur en concert.
Le premier album de Renaud n'a pas été un succès commercial, mais « Hexagone » a suscité dès 1975 un fort intérêt et contribué à lancer sa carrière. La chanson est ensuite restée l'un des titres les plus identifiés à son répertoire, régulièrement rejouée en concert, avec des couplets modifiés pour suivre l'actualité : abolition de la peine de mort, changement de pays cité dans la version de 2007. Elle a figuré parmi les titres repris sur l'album-hommage La Bande à Renaud, et son titre a été repris pour Hexagone 2001… rien n'a changé, un album de reprises de Renaud par des rappeurs. L'historien Ivan Jablonka y évoque, dans Un garçon comme vous et moi (2019), une communion dans la révolte.
« Hexagone » reste un modèle de chanson satirique : un procédé simple, le calendrier, sert à dresser un état des lieux de la société, de ses habitudes et de ses lâchetés. Sa capacité à être mise à jour au fil des années en fait presque une chanson en chantier permanent. Elle documente aussi l'humeur d'une génération marquée par Mai 68. Pour qui veut comprendre d'où vient la voix de Renaud, c'est le meilleur point d'entrée, et un bon exemple de la manière dont une chanson peut regarder son pays en face.