Le roman suit Edward Allison, soldat anglais marqué par ses blessures de guerre, de retour dans une famille de la petite bourgeoisie. Comme Hamlet face aux siens, il ne veut pas juger mais comprendre : ce qui l'a rendu malade, lui et les autres. Son enquête sur les mensonges et les illusions familiales révèle des identités en ruine, et la famille, ébranlée, se défait. Le titre allemand renvoie à Shakespeare, sans doute par l'intermédiaire de la lecture freudienne de la pièce. La narration laisse une large place à la culpabilité, à la responsabilité individuelle et à la question religieuse.
Le roman est écrit entre août 1945 et octobre 1946, mais ne paraît qu'en 1956, à Berlin-Est, chez Rütten & Loening ; il est accueilli favorablement. Il n'a pas eu le retentissement de Berlin Alexanderplatz. Les commentateurs y voient surtout un roman du retour, le « Heimkehrerroman » allemand, où la guerre est examinée sous l'angle de la responsabilité de chacun.
Hamlet montre ce que devient un grand romancier après l'exil et la conversion : moins d'éclat formel, plus de questions sur la faute et sur la possibilité de guérir. Pour qui veut suivre Döblin au-delà de son chef-d'œuvre, c'est le livre qui éclaire la fin de sa vie et sa recherche d'une réponse spirituelle à la catastrophe.