Le recueil est composé de séries de courts poèmes réunies en sections, dont « Théâtre » et « Douve parle ». Douve y apparaît comme une figure féminine à la fois aimée et morte, qui incarne le rapport entre la conscience et le néant, et que le poète voit mourir, se défaire, puis revivre. Les poèmes sont brefs, le vers souvent sobre, bâti sur des images élémentaires : pierre, eau, feu, nuit, visage. Le titre lui-même joue sur l'ambiguïté du mot « douve », et le livre alterne entre exaltation et souffrance, entre la tentation d'une forme parfaite, immobile, et la présence fragile du mouvement et du corps.
Le recueil est accueilli d'emblée par la critique comme un événement majeur de la poésie française d'après-guerre. Des commentateurs y retrouvent les qualités hermétiques de Mallarmé et de Valéry, faites d'obliquité, de plénitude spirituelle et de vacance. Le livre est repris par la suite en poche et dans les volumes de poèmes de Bonnefoy chez Gallimard, et il reste le point d'entrée habituel dans l'œuvre. Il a été traduit en plusieurs langues et a fait l'objet d'une abondante littérature critique.
Douve donne à lire un moment décisif de la poésie moderne : la mort n'y est pas un décor romantique, mais ce qui donne son prix au présent. Le livre pose les questions auxquelles Bonnefoy reviendra pendant plus de soixante ans, sur la présence, la parole et l'attention aux choses. Court et dense, il se relit sans épuiser. Il est une excellente porte d'entrée vers l'œuvre entière, et l'un des livres de poésie française du XXe siècle que l'on relit le plus.