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ŒUVRE N° 2005 — POÉSIE — FRANCE — 1953

Du mouvement et de l'immobilité de Douve

1953 · Recueil de poèmes · Yves Bonnefoy
Un recueil sur la mort et la renaissance, autour de la figure de Douve.
Pourquoi le lire — Douve est un nom propre et un nom commun : un visage de femme et un fossé d'eau, une planche de tonneau, un ver parasite. Dans ce premier grand recueil, publié en 1953, Bonnefoy fait de cette figure le lieu d'un drame poétique : la mort, la dispersion, puis la parole qui renaît. Un livre concentré, sombre et lumineux à la fois, qui marque une rupture avec le surréalisme de l'après-guerre.

Contexte d'écriture § 01

  • 1946 Bonnefoy publie la plaquette Traité du pianiste, premier ouvrage avant Douve.
  • 1947 Il rompt avec le surréalisme, dont il s'était rapproché depuis 1945.
  • Octobre 1953 Du mouvement et de l'immobilité de Douve paraît au Mercure de France.
  • Influences Le livre porte la trace de Baudelaire, de Shakespeare, de la peinture italienne et de la philosophie ; l'épigraphe est empruntée à Hegel, sur la vie de l'esprit qui se maintient face à la mort.

Structure § 02

Le recueil est composé de séries de courts poèmes réunies en sections, dont « Théâtre » et « Douve parle ». Douve y apparaît comme une figure féminine à la fois aimée et morte, qui incarne le rapport entre la conscience et le néant, et que le poète voit mourir, se défaire, puis revivre. Les poèmes sont brefs, le vers souvent sobre, bâti sur des images élémentaires : pierre, eau, feu, nuit, visage. Le titre lui-même joue sur l'ambiguïté du mot « douve », et le livre alterne entre exaltation et souffrance, entre la tentation d'une forme parfaite, immobile, et la présence fragile du mouvement et du corps.

Réception § 03

Le recueil est accueilli d'emblée par la critique comme un événement majeur de la poésie française d'après-guerre. Des commentateurs y retrouvent les qualités hermétiques de Mallarmé et de Valéry, faites d'obliquité, de plénitude spirituelle et de vacance. Le livre est repris par la suite en poche et dans les volumes de poèmes de Bonnefoy chez Gallimard, et il reste le point d'entrée habituel dans l'œuvre. Il a été traduit en plusieurs langues et a fait l'objet d'une abondante littérature critique.

Pourquoi il compte encore § 04

Douve donne à lire un moment décisif de la poésie moderne : la mort n'y est pas un décor romantique, mais ce qui donne son prix au présent. Le livre pose les questions auxquelles Bonnefoy reviendra pendant plus de soixante ans, sur la présence, la parole et l'attention aux choses. Court et dense, il se relit sans épuiser. Il est une excellente porte d'entrée vers l'œuvre entière, et l'un des livres de poésie française du XXe siècle que l'on relit le plus.