Le récit se déploie en dix chapitres et suit d'abord l'avocat Gabriel John Utterson, qui enquête sur la relation entre son ami le docteur Henry Jekyll et le criminel Edward Hyde. La première partie, racontée à la troisième personne, procède par scènes d'enquête, dans les rues de Londres, de nuit. Le récit s'achève sur deux documents : la narration du docteur Lanyon, puis la déclaration complète de Jekyll, qui livre la clé de l'énigme. Cette progression, qui dévoile peu à peu ce que le lecteur soupçonne, repose sur la montée du suspense plus que sur la surprise, et sur un décor urbain sombre, brumeux, qui devient le véritable personnage du livre.
La nouvelle paraît d'abord en édition américaine, quatre jours avant l'édition britannique. Après un compte rendu favorable du Times le 25 janvier 1886, les ventes décollent : environ quarante mille exemplaires sont écoulés en six mois, et plus de deux cent cinquante mille aux États-Unis en 1901. L'histoire inspire très vite le théâtre, dès 1887 à Boston, une production qui fut retirée pendant la psychose provoquée par Jack l'Éventreur. On dénombre aujourd'hui plus de cent vingt adaptations au théâtre et au cinéma.
Le récit a imposé une image : celle d'un homme respectable qui cache en lui un être violent. Les noms de Jekyll et de Hyde sont passés dans le langage courant pour désigner la dualité d'une personnalité. Au-delà de la formule, le texte garde de quoi être relu : il lie la science, la morale victorienne et l'hypocrisie sociale, sans trancher. Sa brièveté permet de le lire en une soirée, et sa construction par témoignages en fait un bon exemple de récit fantastique mené comme une enquête.