Le recueil regroupe des récits assez brefs, dont « Le Roi », « Comment cela se faisait à Odessa », « Lioubka Cosaque » et « Le Père ». Le narrateur, parfois un enfant, parfois un conteur anonyme, parle d'une voix chaleureuse, farcie de métaphores baroques et de tournures yiddish. Au centre, la figure de Benia Krik, chef de la pègre juive, et celle de son père, le charretier Mendel Krik, personnage brutal. Babel aime les scènes de fête et de ruse : un mariage qui tourne à l'épreuve de force, une extorsion menée avec les manières d'un homme du monde. Le ton, volontiers ironique, n'exclut pas des moments de véritable tragédie.
Les Contes d'Odessa sont, avec Cavalerie rouge, le texte qui a fait la renommée de Babel. Publiés d'abord dans des revues, puis réunis en volume en 1931, ils ont contribué à faire de la Moldavanka un lieu mythique de la littérature russe. Le personnage de Benia Krik a été adapté très tôt à l'écran, dès 1926, d'après un scénario de Babel. Traduits en plusieurs langues, dont le français, ces récits continuent d'être lus et commentés comme un sommet de la nouvelle russe, et comme un témoignage littéraire sur la vie juive d'Odessa.
Les Contes d'Odessa conservent le souvenir d'un monde juif disparu, celui d'Odessa avant la Shoah et avant la terreur stalinienne, et ils le font avec une exubérance qui évite la nostalgie facile. Le livre montre aussi ce qu'est un style : une façon de dire les choses qui transforme des truands de quartier en figures légendaires. Il est plus gai que Cavalerie rouge, et c'est souvent la meilleure porte d'entrée dans l'œuvre de Babel.