Pourquoi le lire — Isaac Babel, né à Odessa dans une famille juive, est l'un des plus grands nouvellistes de langue russe. Son œuvre tient en peu de pages, mais elle a marqué la prose du XXe siècle : Cavalerie rouge (1926), tiré de sa campagne de 1920 auprès des cosaques de Boudionny, et les Contes d'Odessa, où le gangster Benia Krik règne sur le quartier juif de la Moldavanka. Écrivain soviétique de la première génération, soucieux d'économie et de précision, il se tait peu à peu dans les années 1930 ; arrêté en 1939, il est fusillé en janvier 1940.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît à Odessa, dans le quartier de la Moldavanka, le 30 juin (calendrier julien) 1894, dans une famille de commerçants juifs ; il grandit à Odessa et à Nikolaïev et reçoit une éducation à la fois juive et française.
- 1915-1916 — Petrograd S'installe à Petrograd, sans droit de séjour, après des études à Kiev. Maxime Gorki publie ses premiers récits en 1916 et lui conseille d'aller « dans le monde » avant d'écrire.
- 1917-1920 — révolution Se trouve mêlé à la révolution et à la guerre civile : il travaille pour diverses institutions soviétiques, puis sert comme journaliste.
- 1920 — Cavalerie rouge Accompagne la Première armée de cavalerie de Boudionny pendant la guerre soviéto-polonaise, sous le nom de Kirill Lioutov. Il tient un journal de cette campagne.
- 1921-1924 — les Contes Écrit les récits sur Odessa qui formeront les Contes d'Odessa, publiés dans des revues avant d'être réunis en volume en 1931.
- 1926 — le recueil Cavalerie rouge paraît en volume et lui apporte la célébrité ; Boudionny l'accuse d'avoir calomnié ses cavaliers.
- 1927-1935 — le silence Fait plusieurs séjours en France. Il publie de moins en moins et, au Congrès des écrivains soviétiques de 1934, se dit « maître du genre du silence ».
- 1939 — l'arrestation Arrêté le 15 mai 1939 à Peredelkino, il est accusé d'espionnage et de complot ; ses manuscrits sont saisis.
- 1940 — l'exécution Condamné à mort le 26 janvier, il est fusillé à Moscou le lendemain. Il est réhabilité en 1954, et son œuvre est peu à peu rééditée.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Cavalerie rouge (1926) — Une trentaine de brèves nouvelles sur la guerre soviéto-polonaise de 1920 : un narrateur juif et lettré chevauche avec les cosaques, entre admiration et effroi.
Contes d'Odessa (1931) — Récits colorés de la Moldavanka, quartier juif d'Odessa, dominés par la figure du truand Benia Krik, le « Roi », mêlant humour, violence et tendresse.
Journal de 1920 (1990) — Notes prises au jour le jour pendant la campagne de la cavalerie rouge ; elles éclairent la matière brute dont Babel a tiré les nouvelles de Cavalerie rouge.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Babel a donné à la nouvelle russe une concision et une intensité nouvelles. Admirateur de Maupassant et de Flaubert, il travaille la phrase jusqu'à la rendre dense, sans le moindre mot superflu, et mêle le registre populaire au lyrisme. Cavalerie rouge a renouvelé la littérature de guerre en la dépouillant de toute rhétorique héroïque : la violence est montrée sans commentaire, dans le regard d'un intellectuel juif qui admire et redoute les cosaques. Les Contes d'Odessa, de leur côté, font revivre, avec une verve de conteur oral, un monde juif qui a disparu. Par son destin, Babel est devenu l'un des symboles des écrivains victimes de la répression stalinienne.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Le style de Babel est dense, imagé, contrasté : une métaphore lyrique peut surgir au milieu d'une scène de violence, et l'humour côtoie la cruauté. Ses nouvelles sont courtes, souvent construites sur un renversement final. Il alterne le récit à la première personne, très sobre, et le récit d'un conteur truculent. Pour commencer, lisez Cavalerie rouge dans l'ordre de son recueil, en commençant par « Le Passage du Zbroutch », puis les Contes d'Odessa, plus faciles et plus drôles ; le Journal de 1920 se lit avec profit après les nouvelles, comme un document sur leur genèse.