Le roman suit Augusto Pérez, jeune homme fortuné, dans ses amours : il s'éprend d'Eugenia, professeur de piano, qui ne l'aime pas, tandis que d'autres personnages, Rosario, Mauricio, son ami Víctor Goti, entrent dans l'intrigue. Le texte est précédé d'un prologue attribué à Víctor Goti et suivi d'un post-prologue où l'auteur répond à son propre personnage. Les dialogues dominent, la description est réduite au minimum, et Unamuno s'inscrit lui-même dans le récit lorsque Augusto vient lui rendre visite : l'auteur lui annonce qu'il va le faire mourir, et le personnage proteste, au nom de sa propre existence. Le roman s'achève sur l'ambiguïté de cette mort : suicide, ou décision de l'auteur ? C'est son chien Orfeo qui prononce l'oraison funèbre.
Brouillard, qui paraît en 1914, est considéré comme une œuvre de maturité d'Unamuno, où se rejoignent ses préoccupations de philosophe et de romancier : le thème de l'immortalité impossible et de la lutte vaine contre le destin. Le livre a été traduit dans une douzaine de langues. En français, il est connu depuis la traduction de Noémi Larthe (1926), reprise en 2003 aux éditions Terre de Brume, puis par celle de Catherine Ballestero (1990, Librairie Séguier). Les traductions anglaises ont successivement porté les titres Mist (Warner Fite, 1928) et Fog (Elena Barcia, 2017).
Brouillard demeure l'un des grands romans de la littérature réflexive du XXe siècle : bien avant les récits où les personnages se révoltent contre l'auteur, Unamuno en a fait un drame à la fois comique et métaphysique. Le roman pose, sous une forme légère, la question de l'identité et de la liberté : qui décide de ce que nous sommes ? Il est aussi, sous son apparence de comédie, une méditation sur la mort. Court et vif, il reste une excellente entrée dans l'œuvre d'Unamuno.