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ŒUVRE N° 1966 — ROMAN — ESPAGNE — 1914

Brouillard

1914 · Roman · Miguel de Unamuno
Augusto Pérez, personnage de roman, va voir son auteur pour contester son sort.
Pourquoi le lire — Augusto Pérez est un jeune homme riche et oisif qui tombe amoureux d'une femme qui le rejette. Désemparé, il va consulter à Salamanque l'écrivain Miguel de Unamuno, qui lui apprend qu'il n'est qu'un personnage de roman, et qu'il va mourir. Brouillard, publié en 1914, invente une forme que son auteur appelle « nivola » et interroge, avec humour et gravité, ce que signifie exister quand on n'est qu'inventé, ou que l'on croit l'être.

Contexte d'écriture § 01

  • 1907 Unamuno rédige Niebla, qui ne paraîtra que sept ans plus tard.
  • 1914 Le roman est publié à Madrid par l'éditeur Renacimiento.
  • Genre Unamuno invente le terme « nivola » pour désigner ce récit, qui refuse le roman réaliste fondé sur la description et l'analyse psychologique.
  • 1926 Première traduction française, par Noémi Larthe, aux éditions du Sagittaire.

Structure § 02

Le roman suit Augusto Pérez, jeune homme fortuné, dans ses amours : il s'éprend d'Eugenia, professeur de piano, qui ne l'aime pas, tandis que d'autres personnages, Rosario, Mauricio, son ami Víctor Goti, entrent dans l'intrigue. Le texte est précédé d'un prologue attribué à Víctor Goti et suivi d'un post-prologue où l'auteur répond à son propre personnage. Les dialogues dominent, la description est réduite au minimum, et Unamuno s'inscrit lui-même dans le récit lorsque Augusto vient lui rendre visite : l'auteur lui annonce qu'il va le faire mourir, et le personnage proteste, au nom de sa propre existence. Le roman s'achève sur l'ambiguïté de cette mort : suicide, ou décision de l'auteur ? C'est son chien Orfeo qui prononce l'oraison funèbre.

Réception § 03

Brouillard, qui paraît en 1914, est considéré comme une œuvre de maturité d'Unamuno, où se rejoignent ses préoccupations de philosophe et de romancier : le thème de l'immortalité impossible et de la lutte vaine contre le destin. Le livre a été traduit dans une douzaine de langues. En français, il est connu depuis la traduction de Noémi Larthe (1926), reprise en 2003 aux éditions Terre de Brume, puis par celle de Catherine Ballestero (1990, Librairie Séguier). Les traductions anglaises ont successivement porté les titres Mist (Warner Fite, 1928) et Fog (Elena Barcia, 2017).

Pourquoi il compte encore § 04

Brouillard demeure l'un des grands romans de la littérature réflexive du XXe siècle : bien avant les récits où les personnages se révoltent contre l'auteur, Unamuno en a fait un drame à la fois comique et métaphysique. Le roman pose, sous une forme légère, la question de l'identité et de la liberté : qui décide de ce que nous sommes ? Il est aussi, sous son apparence de comédie, une méditation sur la mort. Court et vif, il reste une excellente entrée dans l'œuvre d'Unamuno.