Le récit associe trois procédés : une narration à la troisième personne, de longs dialogues, et des fragments d'une Confession attribuée à Joaquín Monegro, plus nombreux dans la première moitié du livre. Autour des deux rivaux gravitent Helena, que choisit Abel, et Antonia, que Joaquín épouse. L'histoire est celle d'une obsession : Joaquín ne parvient pas à se détacher de la réussite d'Abel, qu'il fréquente toujours, et la haine envahit ses relations, sa famille et sa vie professionnelle. Le style, comme souvent chez Unamuno, est dépouillé : les caractères se dessinent par la parole plus que par la description, et l'on suit moins une intrigue qu'une lente dégradation intérieure.
Le roman est publié en 1917 et réédité en 1928 avec un prologue de l'auteur qui replace le thème de l'envie dans une dimension nationale, comme un défaut espagnol traditionnel. Il s'impose comme l'un des textes majeurs d'Unamuno, à côté de Brouillard, et comme l'un des grands romans espagnols sur l'envie. Il a été traduit en français et a suscité une abondante littérature critique, car sa lecture oscille entre étude psychologique, drame moral et réflexion religieuse.
Abel Sánchez montre comment une jalousie peut devenir un mode de vie, voire une identité. En empruntant à la Bible plutôt qu'à la psychologie scientifique de son temps, Unamuno donne au sentiment une dimension tragique et universelle. Le livre garde sa force parce que son sujet n'a rien de daté : l'envie entre proches, la comparaison constante, le besoin de reconnaissance. C'est un roman concis et dur, qui fait comprendre l'une des obsessions de l'auteur.