Le roman se déroule en trois mois, de février à mai 1940, à Saint-Henri. Il suit plusieurs personnages d'une même famille : Florentine, qui travaille et rêve d'ascension ; sa mère Rose-Anna, épuisée par les déménagements et les grossesses ; son père Azarius, chômeur, qui s'illusionne ; et ses frères et sœurs. Autour d'eux, deux hommes : Jean Lévesque, machiniste ambitieux et froid, et Emmanuel Létourneau, soldat idéaliste. Enceinte de Jean, Florentine épouse Emmanuel. Roy alterne les points de vue, le narrateur passant d'une conscience à l'autre, ce qui donne au roman une ampleur chorale. La guerre, ici, est surtout une réponse économique à la misère.
Le roman, salué pour son réalisme social, est un succès au Canada, puis dans le monde : le prix Femina 1947 lui vaut une reconnaissance en France, et la traduction anglaise, The Tin Flute, est choisie par le Literary Guild of America et se vend à plus de 750 000 exemplaires aux États-Unis. Il rompt avec la littérature du terroir, centrée sur la campagne, au profit d'un regard sur la ville ouvrière. La critique a vu en lui l'un des livres qui préparent la Révolution tranquille des années 1960. En 1983, Claude Fournier en tire un film accueilli favorablement.
Bonheur d'occasion reste le roman fondateur d'une littérature urbaine et sociale au Québec, souvent étudié et réédité. Il a montré qu'un récit consacré à des gens ordinaires, pauvres et peu instruits, pouvait atteindre à la grandeur romanesque. Lu aujourd'hui, il frappe par son attention à la condition des femmes, à la précarité du logement et à l'ambiguïté de l'engagement militaire. C'est aussi un document sur Montréal, ses quartiers et sa langue populaire, et un roman dont les personnages restent très vivants.