IDLIBRIS L'encyclopédie mondiale des écrivains
Accueil › Œuvres › Bonheur d'occasion
ŒUVRE N° 1843 — ROMAN — CANADA — 1945

Bonheur d'occasion

1945 · Roman · Gabrielle Roy
Une famille ouvrière du quartier Saint-Henri, à Montréal, pendant la guerre : prix Femina 1947.
Pourquoi le lire — En février 1940, dans le quartier ouvrier de Saint-Henri, à Montréal, Florentine Lacasse, jeune serveuse, voudrait échapper à la misère de sa famille. Elle croit trouver une issue dans l'amour d'un machiniste ambitieux, Jean Lévesque ; elle découvre que la guerre, qui rend aux ouvriers un travail, les envoie aussi se faire tuer. Roy peint une ville pauvre, sans misérabilisme, avec une tendresse et une précision qui lui ont valu le prix Femina. C'est le roman qui a ouvert la littérature québécoise à la ville.

Contexte d'écriture § 01

  • 1939–1945 Roy rédige le roman à Montréal, après son retour d'Europe, en parallèle de son travail de journaliste au Bulletin des agriculteurs (1941–1945).
  • 1945 Le livre paraît à Montréal, au cours de l'été.
  • 1947 La traduction anglaise, The Tin Flute, est choisie comme livre du mois par le Literary Guild of America et se vend à plus de 750 000 exemplaires aux États-Unis.
  • Novembre 1947 Le roman reçoit le prix Femina en France.
  • 1983 Claude Fournier en tire un film.

Structure § 02

Le roman se déroule en trois mois, de février à mai 1940, à Saint-Henri. Il suit plusieurs personnages d'une même famille : Florentine, qui travaille et rêve d'ascension ; sa mère Rose-Anna, épuisée par les déménagements et les grossesses ; son père Azarius, chômeur, qui s'illusionne ; et ses frères et sœurs. Autour d'eux, deux hommes : Jean Lévesque, machiniste ambitieux et froid, et Emmanuel Létourneau, soldat idéaliste. Enceinte de Jean, Florentine épouse Emmanuel. Roy alterne les points de vue, le narrateur passant d'une conscience à l'autre, ce qui donne au roman une ampleur chorale. La guerre, ici, est surtout une réponse économique à la misère.

Réception § 03

Le roman, salué pour son réalisme social, est un succès au Canada, puis dans le monde : le prix Femina 1947 lui vaut une reconnaissance en France, et la traduction anglaise, The Tin Flute, est choisie par le Literary Guild of America et se vend à plus de 750 000 exemplaires aux États-Unis. Il rompt avec la littérature du terroir, centrée sur la campagne, au profit d'un regard sur la ville ouvrière. La critique a vu en lui l'un des livres qui préparent la Révolution tranquille des années 1960. En 1983, Claude Fournier en tire un film accueilli favorablement.

Pourquoi il compte encore § 04

Bonheur d'occasion reste le roman fondateur d'une littérature urbaine et sociale au Québec, souvent étudié et réédité. Il a montré qu'un récit consacré à des gens ordinaires, pauvres et peu instruits, pouvait atteindre à la grandeur romanesque. Lu aujourd'hui, il frappe par son attention à la condition des femmes, à la précarité du logement et à l'ambiguïté de l'engagement militaire. C'est aussi un document sur Montréal, ses quartiers et sa langue populaire, et un roman dont les personnages restent très vivants.