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ŒUVRE N° 1845 — ROMAN — CANADA — 1954

Alexandre Chenevert

1954 · Roman · Gabrielle Roy
Un petit employé de banque de Montréal, angoissé et solitaire, cherche un sens à sa vie.
Pourquoi le lire — Alexandre Chenevert, caissier de banque à Montréal, est un homme de cinquante-deux ans que tout inquiète : les journaux, la bombe atomique, les voisins, sa propre santé. Roy renonce ici à la fresque chorale de Bonheur d'occasion pour suivre un seul homme, très ordinaire, jusqu'à la maladie qui l'oblige à regarder autrement les autres. C'est un roman plus sombre et plus intérieur, qui aborde la solitude urbaine et l'angoisse du monde moderne avec une compassion discrète.

Contexte d'écriture § 01

  • 1945–1954 Après le succès de Bonheur d'occasion, Roy vit à Paris de 1947 à 1950, puis écrit son troisième roman, tout différent du premier.
  • 1954 Le roman paraît à Montréal au Cercle du livre de France.
  • 1955 L'édition parisienne et la traduction anglaise, The Cashier, paraissent.
  • 1955 La même année, Roy reçoit le prix du Gouverneur général pour Rue Deschambault.

Structure § 02

Le roman adopte un point de vue très resserré sur son personnage. Alexandre, caissier de banque d'une cinquantaine d'années, vit à Montréal avec sa femme et sa fille. Tourmenté par les malheurs du monde que lui rapportent les journaux, miné par une humeur anxieuse, il voit une erreur de caisse l'obliger à travailler davantage, au détriment de sa santé. Un cancer lui est diagnostiqué ; il passe ses derniers mois à l'hôpital, où il découvre, contre sa nature solitaire, la compassion des autres. Le roman est écrit avec précision, dans un style plus dépouillé et plus analytique que celui de Bonheur d'occasion.

Réception § 03

La réception est plus partagée que pour Bonheur d'occasion. Certains lecteurs voient dans le roman une œuvre majeure de Roy, étude fine de l'angoisse existentielle qui saisit le Montréal des années 1950, bilingue et gagné par la société de consommation. D'autres, surtout lorsqu'il est lu à l'école, le trouvent lent et pesant ; la bienveillance de l'auteure envers son personnage ne suffit pas toujours, selon eux, à dissiper cette lenteur. Le roman paraît à Paris et en anglais, sous le titre The Cashier, dès 1955, un an après sa publication à Montréal.

Pourquoi il compte encore § 04

Alexandre Chenevert garde un intérêt particulier pour qui lit Roy de près : il montre une autre manière que celle de la fresque sociale, un roman de la conscience, tourné vers un seul personnage. Il touche aussi à des sujets très actuels : l'anxiété née de l'information en continu, la solitude dans la ville, le sens du travail. Le livre ne cherche pas à consoler : il tire sa force de l'attention portée à un homme que personne ne regarde.