Le roman adopte un point de vue très resserré sur son personnage. Alexandre, caissier de banque d'une cinquantaine d'années, vit à Montréal avec sa femme et sa fille. Tourmenté par les malheurs du monde que lui rapportent les journaux, miné par une humeur anxieuse, il voit une erreur de caisse l'obliger à travailler davantage, au détriment de sa santé. Un cancer lui est diagnostiqué ; il passe ses derniers mois à l'hôpital, où il découvre, contre sa nature solitaire, la compassion des autres. Le roman est écrit avec précision, dans un style plus dépouillé et plus analytique que celui de Bonheur d'occasion.
La réception est plus partagée que pour Bonheur d'occasion. Certains lecteurs voient dans le roman une œuvre majeure de Roy, étude fine de l'angoisse existentielle qui saisit le Montréal des années 1950, bilingue et gagné par la société de consommation. D'autres, surtout lorsqu'il est lu à l'école, le trouvent lent et pesant ; la bienveillance de l'auteure envers son personnage ne suffit pas toujours, selon eux, à dissiper cette lenteur. Le roman paraît à Paris et en anglais, sous le titre The Cashier, dès 1955, un an après sa publication à Montréal.
Alexandre Chenevert garde un intérêt particulier pour qui lit Roy de près : il montre une autre manière que celle de la fresque sociale, un roman de la conscience, tourné vers un seul personnage. Il touche aussi à des sujets très actuels : l'anxiété née de l'information en continu, la solitude dans la ville, le sens du travail. Le livre ne cherche pas à consoler : il tire sa force de l'attention portée à un homme que personne ne regarde.