Le roman est un long monologue à la première personne : Luís da Silva raconte, de sa chambre, après les faits, d'une conscience troublée par la fièvre. Le récit ne suit pas l'ordre chronologique. Il alterne l'obsession du présent — l'humiliation face à Julião Tavares, la trahison de Marina — et des souvenirs d'enfance dans l'intérieur de l'Alagoas, dominés par la figure du grand-père, propriétaire déchu.
Ces ruptures dessinent un état mental plus qu'une intrigue : les images et les mots reviennent, se heurtent, jusqu'au délire. Le Maceió des petits fonctionnaires, des cafés et des journaux sert de décor à cette lente dissolution.
Angoisse est généralement considéré, au Brésil, comme l'un des grands romans psychologiques de la littérature de langue portugaise et comme le plus sombre de son auteur. Il paraît en 1936 entre São Bernardo (1934) et Vies sèches (1938), et forme avec eux le noyau de l'œuvre romanesque de Graciliano Ramos, que la critique brésilienne range parmi les classiques du XXe siècle. Sa construction fiévreuse l'éloigne du ton plus sec de São Bernardo et de Vies sèches, et en fait un livre à part dans sa production.
Angoisse montre que le roman du Nordeste ne se limite pas à la peinture de la sécheresse et des grands domaines : il peut aussi explorer, sans quitter le social, la conscience d'un homme humilié. La jalousie de Luís da Silva est inséparable de son rapport à l'argent, à la classe, à l'humiliation. Le livre reste l'un des textes les plus intenses de la littérature brésilienne sur la haine de soi et la violence, d'autant plus troublant que le narrateur ne cherche pas à se faire aimer.