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ŒUVRE N° 1973 — ROMAN — BRÉSIL — 1936

Angoisse

1936 · Roman · Graciliano Ramos
Un petit employé de Maceió, rongé par la jalousie, sombre dans l'obsession.
Pourquoi le lire — Luís da Silva, petit fonctionnaire et journaliste de Maceió, vit dans la médiocrité et la rancœur. Quand sa voisine Marina lui préfère Julião Tavares, notable riche et sûr de lui, sa jalousie devient obsession et le mène au crime. Le récit, fiévreux et fragmenté, mêle le présent d'un homme qui s'enfonce et les souvenirs du sertão de son enfance. Le plus sombre et le plus psychologique des romans de Graciliano Ramos.

Contexte d'écriture § 01

  • 1934 Graciliano Ramos publie São Bernardo, son deuxième roman, deux ans avant Angoisse (Angústia).
  • 1936 Le roman paraît, l'année même de l'arrestation de l'auteur par le régime de Getúlio Vargas.
  • 1937 Libéré, l'auteur reprend l'écriture ; Vies sèches suivra en 1938.

Structure § 02

Le roman est un long monologue à la première personne : Luís da Silva raconte, de sa chambre, après les faits, d'une conscience troublée par la fièvre. Le récit ne suit pas l'ordre chronologique. Il alterne l'obsession du présent — l'humiliation face à Julião Tavares, la trahison de Marina — et des souvenirs d'enfance dans l'intérieur de l'Alagoas, dominés par la figure du grand-père, propriétaire déchu.

Ces ruptures dessinent un état mental plus qu'une intrigue : les images et les mots reviennent, se heurtent, jusqu'au délire. Le Maceió des petits fonctionnaires, des cafés et des journaux sert de décor à cette lente dissolution.

Réception § 03

Angoisse est généralement considéré, au Brésil, comme l'un des grands romans psychologiques de la littérature de langue portugaise et comme le plus sombre de son auteur. Il paraît en 1936 entre São Bernardo (1934) et Vies sèches (1938), et forme avec eux le noyau de l'œuvre romanesque de Graciliano Ramos, que la critique brésilienne range parmi les classiques du XXe siècle. Sa construction fiévreuse l'éloigne du ton plus sec de São Bernardo et de Vies sèches, et en fait un livre à part dans sa production.

Pourquoi il compte encore § 04

Angoisse montre que le roman du Nordeste ne se limite pas à la peinture de la sécheresse et des grands domaines : il peut aussi explorer, sans quitter le social, la conscience d'un homme humilié. La jalousie de Luís da Silva est inséparable de son rapport à l'argent, à la classe, à l'humiliation. Le livre reste l'un des textes les plus intenses de la littérature brésilienne sur la haine de soi et la violence, d'autant plus troublant que le narrateur ne cherche pas à se faire aimer.