Pourquoi le lire — Aîné d'une famille du sertão, Graciliano Ramos (1892-1953) fut commerçant, maire, directeur de l'instruction publique de l'Alagoas, puis prisonnier politique sous Getúlio Vargas. Ses romans des années 1930 — São Bernardo, Angoisse, Vies sèches — comptent parmi les sommets du roman régionaliste brésilien : la violence sociale du Nordeste y est dite avec une économie de moyens presque brutale, sans pittoresque ni plaidoyer. On le lit pour cette langue sèche, où chaque mot est pesé, et pour la lucidité avec laquelle il observe le pouvoir, la jalousie et la misère.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît le 27 octobre 1892 à Quebrangulo, dans l'Alagoas, aîné d'une nombreuse fratrie ; son enfance se partage entre plusieurs bourgs de l'intérieur du Nordeste.
- 1914 — Rio Part à Rio de Janeiro, où il travaille comme journaliste, puis revient en 1915 à Palmeira dos Índios, où il tient un commerce.
- 1928-1930 — maire Est élu maire de Palmeira dos Índios ; ses rapports administratifs, remarqués pour leur style direct, attirent l'attention d'un éditeur.
- Années 1930 — Maceió Installé à Maceió, il dirige l'instruction publique de l'État d'Alagoas jusqu'à son arrestation en 1936.
- 1933 — Caetés Publie son premier roman, Caetés ; São Bernardo suit en 1934.
- 1936 — prison Arrêté sous la dictature de Getúlio Vargas, il est détenu plusieurs mois sans jugement et libéré en 1937. Angoisse paraît en 1936, l'année de son arrestation.
- 1938 — Vies sèches Publie le roman de la famille de Fabiano, qui devient son livre le plus connu.
- 1945 — Enfance et engagement Publie Infância, récit de ses jeunes années, et adhère au Parti communiste brésilien.
- 1953 — la mort Meurt à Rio de Janeiro le 20 mars 1953, à soixante ans, d'un cancer du poumon ; Mémoires de prison (Memórias do cárcere), récit de sa détention resté inachevé, paraît après sa mort.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
São Bernardo (1934) — Paulo Honório, propriétaire autoritaire, raconte comment il a conquis la ferme São Bernardo, puis détruit son mariage avec Madalena : un roman de la possession et de la jalousie.
Angoisse (1936) — Luís da Silva, petit fonctionnaire de Maceió, ronge sa jalousie jusqu'au crime ; un monologue fiévreux, entre hantise du présent et souvenirs de l'enfance dans le sertão.
Vies sèches (1938) — Fabiano, sa femme, leurs deux fils et la chienne Baleia fuient la sécheresse du sertão ; treize chapitres brefs, d'une sobriété bouleversante.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Graciliano Ramos est l'un des grands noms du « roman de 1930 », le courant régionaliste du Nordeste, aux côtés de José Lins do Rego, Rachel de Queiroz ou Jorge Amado. Mais, là où d'autres misent sur le pittoresque ou le lyrisme, il choisit la retenue : peu d'adjectifs, une syntaxe tendue, un regard presque clinique sur les rapports de force entre propriétaires, employés et paysans pauvres. Il fait aussi du roman psychologique un lieu d'analyse sociale : la jalousie de Paulo Honório ou de Luís da Silva est inséparable de leur position dans la hiérarchie du Nordeste. Son expérience de la prison, qu'il raconte dans ses Mémoires de prison, nourrit un autre pan de l'œuvre, celui du témoignage. Plusieurs de ses livres ont été portés à l'écran, notamment Vies sèches par Nelson Pereira dos Santos en 1963, jalon du Cinema Novo.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose dépouillée, volontairement sèche, qui refuse l'ornement et le pathos. Les phrases sont courtes, les images rares et précises ; le narrateur de São Bernardo et celui d'Angoisse parlent à la première personne, avec une dureté envers eux-mêmes qui interdit toute complaisance. Dans Vies sèches, la narration à la troisième personne épouse les pensées frustes de ses personnages sans les surplomber : le silence y dit autant que les mots. Les chapitres sont brefs et presque autonomes. Par où commencer : Vies sèches, le plus court et le plus accessible, puis São Bernardo pour la voix de Paulo Honório ; réservez Angoisse, plus fiévreux et plus sombre, pour la fin.