Pourquoi le lire — Né Kimitake Hiraoka à Tokyo dans un milieu privilégié, Yukio Mishima étudie le droit à l'université impériale de Tokyo avant de se consacrer entièrement à une œuvre littéraire d'une abondance et d'une diversité remarquables, quarante romans, des pièces de théâtre, des essais et d'innombrables nouvelles composés entre 1949 et 1970. Régulièrement pressenti pour le prix Nobel de littérature, qu'il n'obtient jamais, il mêle dans son œuvre une fascination pour l'esthétique traditionnelle japonaise et les thèmes de la sexualité, de la mort et du changement politique, avant de mettre fin à ses jours par seppuku en 1970, à l'issue d'une tentative de coup d'État manquée.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Naît le 14 janvier 1925 à Tokyo sous le nom de Kimitake Hiraoka, dans une famille aisée, et fréquente la prestigieuse école Gakushuin avant d'étudier le droit à l'université impériale de Tokyo, dont il sort diplômé en 1947.
- 1944 — les premiers pas littéraires Publie à dix-neuf ans son premier livre, La Forêt en fleurs, sous le pseudonyme de Yukio Mishima qu'il conservera toute sa carrière, une précocité qui annonce déjà l'abondance de sa production future.
- 1949 — Confession d'un masque S'impose véritablement comme écrivain grâce au succès éclatant de ce premier roman largement autobiographique, où un jeune homme se bat continuellement contre ses penchants homosexuels qu'il cherche à dissimuler aux autres et à lui-même, un texte qui fait scandale et lui apporte la célébrité.
- Une œuvre abondante et diverse Publie de 1949 à 1970 une quarantaine de romans, des essais, des pièces de théâtre, des récits de voyage et un nombre considérable de nouvelles, une production qui reflète tout à la fois la diversité de ses talents et des univers qu'il explore.
- 1956 — Le Pavillon d'or Publie ce roman inspiré d'un fait divers réel, l'incendie criminel d'un temple bouddhiste célèbre par l'un de ses jeunes moines, qui s'impose comme l'une de ses œuvres les plus abouties et les plus étudiées.
- 1968 — pressenti pour le Nobel Est considéré cette année-là pour le prix Nobel de littérature, qui revient finalement à son compatriote Yasunari Kawabata, une reconnaissance internationale qui ne se concrétisera jamais malgré la stature considérable de son œuvre.
- L'engagement nationaliste S'engage activement dans le nationalisme japonais, fonde sa propre milice privée, le Tatenokai, et développe une pensée politique tournée vers la restauration du pouvoir impérial et la préservation de l'esprit martial traditionnel du Japon face aux influences modernes qu'il juge délétères.
- 1969-1970 — La Mer de la fertilité Achève sur son lit de mort littéraire la rédaction de cette tétralogie, Neige de printemps, Chevaux échappés, Le Temple de l'aube et L'Ange en décomposition, considérée par une partie de la critique comme l'aboutissement de toute sa carrière.
- 25 novembre 1970 — l'incident Mishima Met fin à ses jours par seppuku le jour même où il achève le dernier tome de sa tétralogie, à la suite d'une tentative manquée de soulèvement destinée à restaurer le pouvoir de l'empereur, un geste qui attire une attention mondiale considérable et referme brutalement, à quarante-cinq ans, l'une des carrières littéraires les plus fécondes du Japon du XXe siècle.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Le Pavillon d'or (1956) — Le meilleur point d'entrée : son roman le plus abouti, inspiré d'un fait divers réel.
Confession d'un masque (1949) — Le roman qui le révèle, portrait largement autobiographique d'une identité en conflit.
Neige de printemps (1969) — Le premier tome de La Mer de la fertilité, son œuvre testamentaire.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Mishima est considéré par de nombreux critiques comme le romancier japonais le plus important du XXe siècle, son œuvre avant-gardiste mêlant esthétiques moderne et traditionnelle pour dépasser les frontières culturelles établies, avec un accent constant sur la sexualité, la mort et le changement politique. Sa fascination pour l'esthétique traditionnelle japonaise, notamment l'éthique samouraï, irrigue toute son œuvre tardive d'une tension singulière entre modernité occidentale et retour à des valeurs martiales ancestrales, une tension qui trouve son aboutissement le plus radical dans son propre geste final. Son influence sur la littérature japonaise et mondiale demeure considérable, tant par la virtuosité stylistique de sa prose que par la manière dont sa vie et son œuvre se sont trouvées inextricablement mêlées jusqu'à leur terme commun.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose d'une précision et d'une sensorialité remarquables, capable de restituer avec un art consommé aussi bien le détail matériel que le développement thématique le plus ample, dans une langue considérée comme l'une des plus stylistiquement abouties du Japon de l'après-guerre. Le Pavillon d'or raconte, à travers le regard d'un jeune moine bègue et complexé, la fascination destructrice qu'exerce sur lui la beauté absolue d'un temple, jusqu'à l'incendie criminel qui le détruit, une méditation sur la beauté, l'obsession et la destruction typique de l'univers mishimien. Pour un premier contact, Le Pavillon d'or offre l'entrée la plus aboutie et la plus universellement reconnue ; Confession d'un masque permet de découvrir la dimension la plus personnelle et la plus autobiographique de son œuvre.