Pourquoi le lire — Søren Kierkegaard, né à Copenhague en 1813, est le philosophe danois dont la pensée fonde la tradition existentielle. Il écrit sous une série de pseudonymes qui lui permettent de faire dialoguer des points de vue opposés : esthétique, éthique, religieux. Ou bien… ou bien (1843), Crainte et tremblement (1843), Le Concept d'angoisse (1844) et La Maladie à la mort (1849) interrogent l'individu devant le choix, l'angoisse, le désespoir et la foi. Peu lu de son vivant hors du Danemark, il est devenu après sa mort, au XXe siècle, une référence pour les philosophes comme pour les théologiens.
Biographie § 01 — le parcours
- 5 mai 1813 Naît à Copenhague, septième et dernier enfant de Michael Pedersen Kierkegaard, riche négociant. Plusieurs de ses frères et sœurs, et sa mère, meurent avant lui.
- 1830–1841 Étudie la théologie à l'université de Copenhague ; il soutient en 1841 sa thèse Sur le concept d'ironie, consacrée à Socrate.
- 1840–1841 Se fiance avec Régine Olsen puis rompt les fiançailles un an plus tard ; cet épisode nourrit une grande part de son œuvre.
- 1843 — Ou bien… ou bien Publie, sous le pseudonyme de Victor Eremita, son premier grand ouvrage.
- 1843 — Crainte et tremblement Publie sous le nom de Johannes de silentio sa méditation sur Abraham.
- 1844 — Le Concept d'angoisse Publie un traité sur l'angoisse et le péché, sous le pseudonyme de Vigilius Haufniensis.
- 1846 Est pris à partie par le journal satirique Le Corsaire ; l'affaire lui vaut des moqueries durables.
- 1849 — La Maladie à la mort Publie, sous le pseudonyme d'Anti-Climacus, son traité sur le désespoir.
- 1854–1855 Mène une campagne violente contre l'Église officielle danoise, notamment dans la revue L'Instant.
- 11 novembre 1855 Meurt à Copenhague, à quarante-deux ans, après un malaise survenu dans la rue.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
Ou bien… ou bien (1843) — Deux visions de la vie, esthétique et éthique, mises en regard à travers les papiers de deux auteurs fictifs.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Kierkegaard a déplacé la philosophie du système vers l'existence individuelle : ce qui compte n'est pas de comprendre le monde mais de choisir sa vie, de répondre de ses choix devant soi-même et devant Dieu. Contre Hegel et l'abstraction, il décrit des états de l'existence : l'esthétique, l'éthique, le religieux, l'angoisse devant la liberté, le désespoir, le saut de la foi. Il a aussi inventé une forme, la communication indirecte, par pseudonymes, qui oblige le lecteur à prendre parti. Son influence est immense au XXe siècle : Heidegger, Sartre, Jaspers, Barth, Camus, et bien d'autres, ont puisé chez lui. On le tient pour l'un des pères de l'existentialisme, même si sa pensée reste d'abord chrétienne.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une écriture à la fois philosophique et littéraire : ironie, récits, lettres, aphorismes, journal, discours édifiants. Chaque pseudonyme parle avec sa voix propre, de sorte que le lecteur doit toujours se demander qui parle, et ce qu'il en pense lui-même. La phrase est souvent longue, dialectique, parfois lyrique. Par où commencer : Crainte et tremblement, bref et saisissant ; puis Ou bien… ou bien, au moins le Journal du séducteur et les lettres du juge Wilhelm ; La Maladie à la mort est plus exigeante, car son vocabulaire est plus technique.