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FICHE N° 0360 — LITT. KABYLE — CHANSON / FABLE — XXe S.

Slimane Azem

1918 – 1983 · Kabylie, Algérie / France · Langue kabyle
Auteur-compositeur-interprète et fabuliste kabyle, surnommé « le La Fontaine berbère » — poète de l'exil, interdit d'antenne dans son propre pays.
Pourquoi le lire — Émigré ouvrier devenu gérant d'un café parisien où il chante pour la première fois devant un public, Slimane Azem construit une œuvre immense, près d'une centaine de chansons, qui mêle la fable animalière héritée de La Fontaine à la douleur de l'exil et à la critique politique. Interdit d'antenne en Algérie après l'indépendance pour ses critiques du pouvoir, il devient malgré cet exil radiophonique une légende que toute une génération de Kabyles n'écoute plus que sur les ondes de Radio Paris.

Biographie § 01 — le parcours

  • Origines Naît le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane, village niché dans les contreforts du Djurdjura en Kabylie, dans une famille de paysans, sous la Kabylie encore sous domination coloniale.
  • 1937 — l'émigration Part pour la France après avoir travaillé chez un colon à Zéralda, connaissant le destin de nombreux travailleurs algériens de l'époque, d'abord ouvrier dans une aciérie de Longwy.
  • La guerre et le STO Est mobilisé au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, réformé en 1940, puis réquisitionné pour le Service du travail obligatoire dans les camps de Rhénanie entre 1942 et 1945.
  • Après-guerre — les débuts dans la chanson Devient, après la Libération, gérant d'un café parisien où il chante pour la première fois devant un public, avant d'être embauché comme aide-électricien à la RATP.
  • Début des années 1940 — A Muh a Muh Livre sa première grande chanson, consacrée au thème de l'émigration, prélude à un répertoire riche qui s'étend sur près d'un demi-siècle et qui présente des ressemblances frappantes avec celui de Si Mohand, le grand poète kabyle du XIXe siècle.
  • 1962 — l'interdiction Voit ses critiques du nouveau pouvoir algérien, Ben Bella puis Boumédiène, lui valoir d'être interdit de retour au pays et d'antenne sur les radios algériennes, ses disques ne circulant en Algérie que sous le manteau.
  • 1970 — le disque d'or Obtient avec la chanteuse Noura un disque d'or qui l'impose comme l'une des meilleures ventes françaises, devenant sociétaire de la SACEM.
  • 1980 — le Printemps berbère Compose au lendemain des manifestations du Printemps berbère d'avril 1980 la chanson Ɣef Teqbaylit yuli was (Sur la kabylité se lève le jour), saluant avec éclat l'émergence de la revendication culturelle amazighe.
  • 1983 — la mort Meurt le 28 janvier à Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, en France, laissant un répertoire d'environ quatre-vingt-quatorze chansons qui continuent d'être reprises, notamment par Lounès Matoub.

Œuvres essentielles § 02 — par où commencer

Effeɣ ay ajrad tamurt-iw — Le meilleur point d'entrée : sa fable la plus célèbre, chant contestataire interdit par les autorités françaises.
A Muh a Muh — Sa toute première chanson, sur le thème fondateur de l'émigration.
A tamurt-iw — Son chant le plus poignant sur la nostalgie du pays natal et la douleur de l'exil.

Apport § 03 — ce qu'il a changé

Azem invente une forme singulière de fable kabyle, mettant en scène des animaux pour dénoncer avec humour et gravité les travers de la société, la colonisation puis l'autoritarisme du pouvoir algérien postindépendance, ce qui lui vaut son surnom de « La Fontaine berbère ». Ce choix n'est pas seulement stylistique : en prêtant sa voix aux animaux plutôt qu'en s'exprimant directement, Azem reprend consciemment la stratégie de La Fontaine pour contourner la censure, un détour qui lui permet de dire l'indicible sous une forme que le pouvoir ne peut condamner aussi aisément qu'un discours frontal. Il fait aussi de l'exil, sujet omniprésent dans son répertoire, une matière poétique d'une profondeur rare, portant la parole de toute une génération de Kabyles dispersés entre l'Algérie et la France. Son interdiction d'antenne durant plus de deux décennies dans son propre pays, loin de l'effacer, a contribué à en faire une figure quasi mythique et une conscience morale pour tout un peuple.

Style § 04 — à quoi s'attendre

Une écriture allégorique et rusée, où les animaux, la sauterelle, l'hirondelle, le loup, portent des sens politiques et sociaux immédiatement compris par son public, dans une langue kabyle dense héritée de la tradition orale des poètes errants de la montagne. Effeɣ ay ajrad tamurt-iw, dont le titre signifie « ô sauterelles, sortez de mon pays », use de la métaphore du nuisible agricole pour viser, selon les époques, l'occupant colonial ou le pouvoir postindépendance, quand ses chants de l'exil déploient une nostalgie pudique mais déchirante. Pour un premier contact, Effeɣ ay ajrad tamurt-iw offre l'entrée la plus emblématique de son art de la fable politique ; A tamurt-iw permet de découvrir la veine la plus intime de son œuvre.