Pourquoi le lire — Fils d'un médecin de campagne du Minnesota, Lewis met plus d'une décennie et six romans à trouver son public avant que La Grand-Rue ne le révèle brutalement comme le premier écrivain à démonter le mythe de la petite ville américaine heureuse et unanime. En 1930, il devient le premier Américain de l'histoire à recevoir le prix Nobel de littérature, couronnement d'une œuvre entière consacrée à la satire mordante du conformisme et du matérialisme de son pays.
Biographie § 01 — le parcours
- Origines Né le 7 février 1885 à Sauk Centre, dans le Minnesota, troisième fils d'un médecin de campagne, dans une enfance qu'il décrira lui-même comme extrêmement malheureuse.
- Les études à Yale Étudie à l'université Yale, qu'il quitte temporairement pour rejoindre la colonie socialiste d'Upton Sinclair à Helicon Hall, avant d'y revenir obtenir son diplôme en 1908.
- 1914 — les débuts Épouse Grace Livingston Hegger et publie la même année son premier roman, Monsieur Wrenn, sans grand succès.
- 1920 — La Grand-Rue Publie ce sixième roman, immense succès commercial, qui devient le premier à démonter frontalement le mythe de la petite ville américaine idyllique à travers le personnage de Carol Milford Kennicott, confrontée à l'étroitesse d'esprit de sa communauté ; le roman, malgré son succès, ne remporte pas le prix Pulitzer, déception profonde pour Lewis.
- 1922 — Babbitt Publie ce roman consacré au conformisme de la classe moyenne américaine, dont le titre entre durablement dans la langue anglaise pour désigner cette même mentalité conformiste.
- 1925 — Arrowsmith Publie ce roman qui lui vaut le prix Pulitzer, qu'il refuse néanmoins publiquement en signe de protestation.
- 1927 — Elmer Gantry Publie ce roman qui critique frontalement les dirigeants religieux américains de son temps.
- 1928 — le remariage Divorce de sa première épouse et se remarie en Angleterre avec Dorothy Thompson, journaliste américaine et correspondante en Europe centrale.
- 1929 — Dodsworth Publie ce roman qui complète la grande série de ses satires sociales des années 1920.
- 1930 — le Nobel Reçoit le prix Nobel de littérature « pour son art vigoureux et graphique de la description et sa capacité à créer, avec esprit et humour, de nouveaux types de personnages », devenant le premier Américain et le premier écrivain des Amériques de l'histoire ainsi distingué ; dans son discours, il salue notamment Hemingway, Dreiser et Willa Cather.
- 1935 — Impossible ici Publie ce roman qui explore la possibilité inquiétante d'un régime fasciste aux États-Unis.
- 1947 — Kingsblood Royal Publie ce roman consacré aux relations raciales américaines.
- 1951 Meurt le 10 janvier à Rome, en Italie, à soixante-cinq ans.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
La Grand-Rue (1920) — Le meilleur point d'entrée : son roman le plus célèbre, premier à démonter le mythe de la petite ville américaine heureuse.
Babbitt (1922) — Sa satire la plus célèbre du conformisme de la classe moyenne américaine, dont le titre est devenu un nom commun.
Elmer Gantry (1927) — Sa critique mordante des dirigeants religieux américains de son temps.
Impossible ici (1935) — Son roman prémonitoire sur la possibilité d'un régime fasciste aux États-Unis.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Premier écrivain américain et premier auteur des Amériques à recevoir le prix Nobel de littérature, Lewis s'impose comme le grand satiriste de la société américaine de l'entre-deux-guerres, démontant méthodiquement à travers une série de romans les mythes fondateurs de son pays, de la petite ville idyllique du Midwest au rêve de la classe moyenne conformiste, en passant par l'hypocrisie de certains dirigeants religieux. Son influence linguistique dépasse largement le cadre littéraire, le nom de son personnage Babbitt devenant durablement un nom commun désignant le conformisme bourgeois complaisant dans la langue anglaise, tandis que son roman prémonitoire Impossible ici anticipe avec une lucidité troublante les dangers du totalitarisme sur le sol américain lui-même. Son geste de refuser le prix Pulitzer pour Arrowsmith, en signe de protestation contre les critères jugés trop conventionnels du jury, témoigne d'une indépendance d'esprit qui traverse l'ensemble de sa carrière d'écrivain engagé dans la critique sociale de son temps.
Style § 04 — à quoi s'attendre
Une prose d'un art « vigoureux et graphique de la description », selon les termes mêmes du jury du Nobel, capable de créer avec esprit et humour des types de personnages immédiatement reconnaissables et durablement gravés dans la mémoire collective américaine. Cette satire sociale, jamais dénuée d'empathie pour ses personnages malgré la sévérité de son regard critique, dissèque avec une précision journalistique le conformisme, le matérialisme et l'hypocrisie de la société américaine de son temps, sans jamais renoncer à un humour mordant qui allège la gravité de son propos. Pour un premier contact, La Grand-Rue offre l'entrée la plus caractéristique de sa satire du conformisme provincial ; Babbitt permet d'aborder pleinement sa critique de la mentalité bourgeoise américaine.