Pourquoi le lire — Desnos est le poète surréaliste qui parlait, disait-on, « à volonté » la langue du rêve : dans les séances de sommeil hypnotique de 1922, il improvisait des phrases et des images que les autres cherchaient à écrire. On le lit pour cette liberté verbale, pour l'amour et pour Paris, qui traversent son œuvre, et pour la trajectoire qui a suivi : résistant arrêté en 1944, il meurt du typhus à Theresienstadt, un mois après la libération du camp. Ses Chantefables, écrites pour les enfants, sont l'une de ses œuvres les plus connues.
Biographie § 01 — le parcours
- 4 juillet 1900 Naît à Paris, fils d'un marchand de volailles et de gibier des Halles. Il fait des études commerciales, puis travaille comme employé auprès du journaliste Jean de Bonnefon avant de devenir chroniqueur à Paris-Soir.
- 1917–1919 Ses premiers poèmes paraissent en 1917 dans La Tribune des jeunes. En 1919, Benjamin Péret l'introduit auprès du groupe Dada et d'André Breton.
- 1922 Publie Rrose Sélavy, recueil d'aphorismes et de jeux de mots, titre emprunté au double féminin de Marcel Duchamp. À l'automne, il se distingue lors des séances de sommeil hypnotique du groupe surréaliste.
- 1924–1927 Breton le salue dans le Manifeste du surréalisme de 1924 ; Desnos publie Deuil pour deuil (1924), puis le roman La Liberté ou l'amour ! (1927).
- 1929 Rompt avec Breton, qui lui reproche notamment de refuser l'engagement communiste et de pratiquer le journalisme. Il signe le pamphlet Un cadavre et collabore à la revue Documents.
- 1930 Publie Corps et biens, qui rassemble les poèmes de la décennie précédente. Youki, ancienne compagne du peintre Foujita, partage alors sa vie.
- 1932 Débute à la radio avec une émission consacrée à Fantômas, puis y développe une activité importante ; il écrit aussi sur le cinéma et le jazz.
- 1934–1943 Publie Les Sans cou (1934), Fortunes (1942) et État de veille (1943).
- Juillet 1942 Entre dans le réseau de résistance AGIR, où il fabrique de faux papiers.
- 22 février 1944 Est arrêté par la Gestapo. Il est déporté à Auschwitz le 30 avril, puis passe par Buchenwald, Flossenbürg et Flöha. Chantefables paraît la même année.
- 8 juin 1945 Meurt du typhus à Theresienstadt (Terezín), environ un mois après la libération du camp. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse.
Œuvres essentielles § 02 — par où commencer
La Liberté ou l'amour ! (1927) — Roman surréaliste de 1927 où le Corsaire Sanglot et Louise Lame traversent un Paris fantasmagorique, entre érotisme et rêve. Le livre le plus provocateur de Desnos.
Corps et biens (1930) — Recueil de mai 1930 qui rassemble les poèmes de 1919 à 1929 : jeux de mots de Rrose Sélavy, vers libres et alexandrins, jusqu'au Poème à Florence.
Chantefables (1944) — Trente poèmes pour les enfants, publiés chez Gründ en 1944 : animaux, comptines, fantaisie. La célèbre « Fourmi de dix-huit mètres » en est issue.
Apport § 03 — ce qu'il a changé
Desnos a donné au surréalisme l'une de ses voix les plus libres. Là où d'autres théorisent l'écriture automatique, il la pratique avec une aisance qui impressionne ses compagnons : jeux de mots, associations, aphorismes, comme dans Rrose Sélavy. Sa poésie ne s'enferme pourtant pas dans l'école : il pratique aussi des formes régulières, quatrains et alexandrins, et trouve une langue populaire, chantante, tournée vers l'amour, la rue et la ville. Il a aussi travaillé pour la radio dès 1932. Son destin, de la Résistance à la déportation, a fait de lui une figure morale autant que littéraire. Ses poèmes ont été mis en musique par de nombreux compositeurs, dont Witold Lutosławski.
Style § 04 — à quoi s'attendre
La langue de Desnos associe l'invention verbale du surréalisme et une simplicité de chanson. Les vers peuvent être très libres, mais aussi réguliers, rimés, presque populaires ; l'image naît souvent d'un glissement de sons ou de mots plus que d'une logique. Le rêve, la nuit, la ville et l'amour reviennent sans cesse, sur un ton qui passe de la fantaisie au tragique sans prévenir. On lit Desnos à voix haute. Pour commencer, les Chantefables, courtes et sans difficulté, donnent la musique de son vers ; on poursuivra avec un choix de poèmes de Corps et biens, avant d'aborder le roman La Liberté ou l'amour !, plus déroutant.